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31.07.2008

Solidarité Kosovo : le récit de notre septième voyage humanitaire

Il est déjà 22h00, ce mercredi 9 juillet, quand nous quittons Grenoble. Nous
savons qu’un long voyage de 24 heures de route nous attend. Nous franchissons
les différentes douanes avec plus de facilité que lors de notre convoi de Noël
car nous sommes partis, cette fois ci, en voiture de tourisme. Pourtant, dans
le coffre, du matériel de sécurité (en règle) pour un montant de 5 000 euros c
attend d’être livré aux Serbes du Kosovo. La route que nous prenons traverse
toute l’ex-Yougoslavie. Les panneaux autoroutiers indiquent des villes aux noms
qui ne nous sont pas inconnus et qui nous rappellent les terribles épreuves des
années 90 : Vukovar, Sarajevo… Après Belgrade nous prenons la direction du
Kosovo. Nous franchissons sans aucune difficulté la première douane serbe qui
marque l’entrée du Kosovo. Nous redoutons la douane de l’ONU qui nous avait
spoliés de 275 euros d’ « assurance » en décembre dernier. Mais quelle
surprise, celle-ci est quasi inexistante : un simple contrôle des passeports
suffit. Depuis son incendie en février dernier, lors de la manifestation contre
l’indépendance du Kosovo, la douane ne fonctionne quasiment plus. Plus de
racket, plus d’attente ! Nous arrivons à Kosovska Mitrovica alors que la nuit
est déjà tombée.

Le lendemain matin, nous retrouvons des résistants serbes que nous connaissons
depuis maintenant quatre ans. Ils sont toujours là, prêts à défendre la ville
ou bien l’intégrité des Serbes quand cela est nécessaire. C’est à eux, cette
fois ci, que nous allons livrer le matériel de télécommunication et de vidéo
surveillance. Je remets les cartons neufs à Ilija. Ilija (prononcez : Iliya)
est ingénieur de formation. Il a rejoint la résistance serbe dès le début des
affrontements, en 1999. Il a perdu deux de ses oncles durant cette guerre. L’un
d’eux a été battu par les Albanais dans sa propre maison, avant que d’une
fenêtre il ne se jette dans la rivière pour échapper à ses agresseurs et qu’il
ne soit abattu par un tir en rafale d’arme automatique. Il est mort
anonymement, comme des milliers d’autres Serbes, absents des statistiques.
Nous savons que ces résistants ne lâcheront jamais, tant le Kosovo serbe est
dans leur cœur, ainsi que le souvenir de leurs morts. C’est avec une certaine
admiration que nous leur donnons le matériel qui leur permettra demain, peut
être, de protéger leur peuple. L’objectif principal de cette mission de juillet
est rempli. Le soir venu, nous sommes invités au restaurant traditionnel serbe
où nous pouvons manger des spécialités gastronomiques qui pourraient rassasier
même un lion affamé… Et c’est avec un certain soulagement et le sentiment du
devoir accompli que nous allons nous coucher, ignorants que les jours à venir
allaient être riches …et fatigants.

"Je m’adresse à trois jeunes Albanais d’une vingtaine d’années, en anglais. Le
regard et le ton mauvais…"

Samedi, nous décidons de partir à Visoki Dečani, célèbre monastère serbe du
Kosovo, classé au patrimoine mondial de l’humanité. L’édifice est situé en zone
albanaise, près de la ville albanaise de Deçanë. Nous devons traverser le pont
pour prendre la direction de Peč. Celle-ci était autrefois une ville serbe
qui avait été choisie, dès 1271, pour abriter le patriarcat de l’église serbe.
Le patriarcat est aujourd’hui protégé par des militaires et l’on ne trouve plus
à Peč que des Albanais et des mosquées. La ville est animée, mais nous ne
croisons aucun panneau de signalisation. Bel et bien perdus, nous devons
demander notre route. Je m’adresse à trois jeunes Albanais d’une vingtaine
d’années, en anglais. Le regard et le ton mauvais, ils ne me répondent pas et
viennent regarder ma plaque d’immatriculation. Les Serbes qui doivent
communiquer avec des Albanais le font généralement en anglais afin d’éviter les
problèmes. Sans doute ont-ils voulu vérifier ma nationalité… Pourtant, voyant
que j’étais Français, l’un d’entre eux m’adresse ce que je pense être des
injures (les gestes suffisent parfois à comprendre la langue…) Les premiers
militaires français débarqués au Kosovo avaient la réputation d’être plutôt
pro-Serbes. Ceci est malheureusement beaucoup moins vrai désormais mais
expliquerait peut être cela.

Après quelques cafouillages et deux gros check points de la KFOR italienne, nous
arrivons enfin au monastère. Sublime ! C’est le premier mot qui me vient à
l’esprit. L’immense porte par laquelle nous entrons était autrefois une tour de
trois étages que les Ottomans ont malheureusement détruit. A l’intérieur de
l’enceinte nous apercevons la célèbre église qui renferme le tombeau du saint
Stefan Dečanski, bâtisseur du monastère. Nous rencontrons différents
moines qui nous font visiter les lieux : la ferme, les ruches, l’atelier
d’iconographie, la menuiserie… Les religieux vivent en quasi autarcie et
fabriquent tout eux-mêmes. Nous sortons ensuite de l’enceinte du monastère pour
aller visiter le verger. Un mur est en train d’être construit car les Albanais
des environs (Visoki Dečani est un monastère totalement isolé en partie
albanaise et coupé du reste des Serbes) viennent régulièrement piller le verger
et couper le pied des arbres ! Nous apercevons un toit et un mur endommagés. Le
moine nous explique que ces dégâts ont été causés par une grenade jetée par un
terroriste albanais l’année dernière. Par chance, personne ne se trouvait à cet
endroit au moment de l’explosion. Les moines nous invitent ensuite à partager
leur repas et à rester dormir au monastère. Leur hospitalité n’a d’égal que
leur gentillesse dont nous nous souviendrons. Dormir à Visoki Dečani a
quelque chose de magique. Même si cet endroit a connu des attentats, même si ce
sont les seuls soldats de la KFOR qui permettent encore son existence, sa
survie, on y ressent une troublante atmosphère de paix et de recueillement.

Le lendemain, nous passons chercher un ami qui habite dans l’enclave serbe de
Banja, près de la ville albanaise de Rudnik. Pajo (prononcer : Payo), puisque
c’est ainsi qu’il se nomme, vivait autrefois à Srbica. Dans cette ville
résidaient aussi une dizaine de familles serbes qui ont toutes été chassées en
1999. La ville se nomme désormais « Skenderaj » et n’est plus peuplé que
d’Albanais. Srbica/Skenderaj a été l’un des bastions historiques de l’UÇK
(milice albanaise) et fut le théâtre de sanglants combats. Un immense monument
à la gloire de l’UÇK est visible depuis la route à l’entrée de la ville. Depuis
bientôt dix ans, Pajo habite donc à Banja. Le village était, il y a peu, relié
par une navette à Kosovska Mitrovica (où vivent 20 000 Serbes). Deux fois par
semaine la navette, protégée par la KFOR, effectuait son trajet sur une route
dangereuse. Mais un jour de l’année 2000, alors que la navette était bondée (80
passagers à l’intérieur pour un maximum de 50 places), un Albanais a tiré une
roquette qui a touché le bus de plein fouet. Il y eut plusieurs dizaines de
blessés graves, aux brûlures horribles, et de nombreux morts. Les militaires
n’ont pu intervenir, et le terroriste, caché dans un buisson, a pris la fuite
dans les collines. Pajo était dans ce bus. Presque indemne physiquement mais
traumatisé par cet évènement, il refuse aujourd’hui encore de monter dans un
bus. Là-bas, tous les Serbes ont une douleur cachée.

"Nous devons supporter, comme tous les Serbes le font ici chaque jour, le cri
cinglant d’« Alla wouak Bar’ »"

C’est avec Pajo que nous partons dans deux enclaves isolées au sud du Kosovo,
espacées de trois kilomètres : Orahovac et Velika Hoča. Ce sont les deux
enclaves les plus isolées du Kosovo. Neuf cents personnes environ y vivent,
dont 150 enfants. Il faut compter deux heures de voiture pour rejoindre
l’hôpital le plus proche dans lequel peuvent aller les Serbes : celui de
Kosovska Mitrovica. Nous discutons avec l’un des responsables serbes d’Orahovac
qui nous raconte l’histoire de ce village. Il y a ici 300 Serbes qui vivent dans
les quartiers situés en hauteur de ville. Plus bas, séparés par des murs
invisibles et des barbelés prêts à l’emploi, résident 10 000 Albanais. On peut
voir depuis la partie serbe une immense mosquée à double minaret ainsi qu’une
seconde, sur laquelle flotte le drapeau vert frappé des inscriptions arabes de
l’Islam. En visitant la partie serbe nous entendons soudain l’appel du Muezzin.
Il est 13h00 et pendant une dizaine de minutes nous devons supporter, comme tous
les Serbes le font ici chaque jour, le cri cinglant d’« Alla wouak Bar’ ». Nous
croisons un jeune Serbe qui monte le son de son walkman au maximum afin de ne
pas entendre le cri des conquérants. Geste normal d’un adolescent révolté. Plus
tard, nous préparons les modalités de notre prochaine venue en décembre afin de
faire parvenir de l’aide humanitaire dans cette enclave.
Nous nous rendons ensuite à Velika Hoča. Ce village abrite 13 églises et
monastères. Ici ne vivent que des Serbes (environ 600). Nous visitons plusieurs
églises ainsi qu’un monastère de seulement quatre moines. C’est dans cette
enclave qu’est fait le meilleur vin des Balkans. Nous viendrons, ici aussi,
livrer du matériel en décembre prochain.

En revenant vers Kosovska Mitrovica nous nous arrêtons dans l’enclave de
Goraždevac (à côté de Peč). Nous avions fourni de l’aide humanitaire à
cette enclave de 1 000 Serbes lors de notre dernière campagne humanitaire,
destinée aux enfants, à Noël. Nous reviendrons cet hiver, comme promis, leur
apporter encore plus d’aide et de matériel. Nous visitons l’enclave avec
Radovan, que nous avions rencontré la veille au monastère de Visoki
Dečani. Il nous montre une très vieille église serbe faite de bois. Ici,
on raconte que c’est elle qui a protégé le village lorsque les habitants ont dû
fuir en 1999 pour échapper aux milices de l’UÇK. Goraždevac est devenue
tristement célèbre en août 2003, après que deux enfants qui se baignaient dans
la rivière aient été tués à l’arme automatique. Depuis, les enfants vont dans
une piscine qui a été financée par la Serbie. Plus question d’aller dans la
rivière, l’endroit est bien trop dangereux.

"La guerre « est terrible car elle m’a pris mon frère, mais si demain je dois la
faire au risque de mourir alors je la ferai, car c’est pour défendre ma terre »"

De retour sur Kosovska Mitrovica je suis invité chez des amis serbes qui vivent
à Domaljina (située à environ cinq kilomètres au nord de Mitrovica). Les
nombreux voyages humanitaires auxquels j’ai participé m’ont permis de tisser
des liens forts avec de nombreux Serbes de la région. C’est cette immersion
dans « la vie de tous les jours » qui me permet d’appréhender au mieux les
problèmes rencontrés par les Serbes du Kosovo Métochie. Je discute avec un
jeune de mon âge, que je ne connaissais pas auparavant. Il vit à Belgrade et
étudie ici, à Kosovska Mitrovica. Au fil de la discussion nous abordons les
problèmes du Kosovo. Il m’apprend qu’il est originaire de la ville de Peč.
Avant la guerre, il y vivait dans un appartement avec sa famille. Son grand
frère, alors âgé de 13 ans, a été tué d’une balle dans la tête tirée à bout
portant par un Albanais d’une trentaine d’années. C’était dans son appartement
et il a vu le cadavre sans vie de son frère. Je suis moi-même gêné car je sens
encore des sanglots dans sa voix. « Je n’ai cessé de pleurer pendant des
semaines » me dit-il. Sa famille a alors quitté Peč pour s’installer à
Belgrade. Un de ses amis de Peč qui n’avait pas fui a été égorgé et sa
tête a été exposée dans la rue. Il n’avait que 15 ans… On comprend mieux,
maintenant, pourquoi il n’y a plus aucun Serbe à Peč. On ne comprend pas,
en revanche, ce qu’a fait la KFOR à cette époque pour empêcher les massacres !
Ce jeune homme me montre alors sa jambe, elle est entièrement bandée. Il ôte le
bandage et je vois qu’un trou transperce son mollet. C’est une balle de sniper
qui l’a touché. Il était en première ligne durant les émeutes des 17 et 18 mars
2008. Les soldats des forces internationales ont tiré à balles réelles pour
bloquer les affrontements et il a été touché. Il a fallu plusieurs opérations
et 47 jours d’hôpital pour le remettre sur pied. A seulement 20 ans, il a connu
plus de tragédies que toutes les personnes que j’ai pu rencontrer en France. La
guerre, contrairement à ce que peuvent penser certains, n’est ni drôle, ni
désirable. La guerre, pour reprendre ses mots, « elle est terrible car elle m’a
pris mon frère, mais si demain je dois la faire au risque de mourir alors je la
ferai, car c’est pour défendre ma terre ». C’est là-dessus que nous avons
conclu la soirée.

Notre voyage au Kosovo s’achève. Nous repartons en France le cœur plein de
souvenirs avec le sentiment d’avoir accompli du bon travail, même si nous
aimerions en faire beaucoup plus. Depuis que nous avons lancé notre appel
d’urgence pour aider les Serbes du Kosovo, en février dernier, nous avons livré
pour 12 000 euros de matériel de sécurité. Ce petit grain de sable dans les
rouages du gigantesque problème kosovar impliquant Russie et Etats-Unis est
pourtant d’une nécessité extrême. Nous savons que ce matériel sera utilisé à
bon escient et qu’il sauvera peut-être la vie des nombreux civils serbes qui
vivent dans les enclaves du Kosovo ou au nord de Kosovska Mitrovica. Les Serbes
du Kosovo savent désormais qu’ils peuvent compter sur une poignée de Français
toujours prêts à honorer l’amitié séculaire qui lie nos deux patries. Ce
septième voyage humanitaire de Solidarité Kosovo depuis janvier 2005 a prouvé,
si besoin était, que nous non plus, nous ne lâcherons pas !

Arnaud Borella
www.solidarite-kosovo.com

 

 

 

 

 

20.07.2008

La Mensur sur Radio Bandiera Nera Canada

 

Le Cinéma du Camarade: Slogans de Gjergj Xhuvani

Parrullat (Slogans), de Gjergj Xhuvani, Albanie, 2001.

Acteurs: Artur Gorishti (André), Luiza Xhuvani (Diana), Agim Qirjaqi (Directeur de l’école), Birçe Hasko (Sabaf, Secrétaire du Parti).

Scénario: Ylljet Aliçka, Yves Hançer. Production: Les Films des Tournelles, Albanian General Vision, Rossy Films, Les Films en Hiver.

Musique: Denis Barbier. 1h30. Version albanaise sous titrée en anglais.

En République Populaire d'Albanie, à l'époque d'Enver Hoxha, un jeune instituteur envoyé enseigner dans un village est progressivement confronté à l'absurde omnipotence des représentants locaux du Parti Communiste et en particulier au très redouté camarade Sabaf. Seule la professeur de français, Diana, ose s'opposer aux diktats du camarade Sabaf dont la principale activité est de veiller au bon entretien des slogans construits à flanc de colline. En apprenant l'hypothétique passage d'un membre de la nomenklatura dans la région, le camarade Sabaf redoublera de zèle idéologique et de vigilance pour le plus grand malheur des villageois: suite à un lapsus au cours de la récitation d'une poésie, un écolier subira une sorte de procès idéologique alors que son père, pauvre berger qui s'était humblement plaint de ses misérables conditions de vie sera condamné comme "ennemi du peuple". Son cas fut aggravé par le passage de ses chèvres sur des slogans, ce qui eut pour effet de les rendre illisibles et d'en faire ainsi un "saboteur".  

Voir le film.

 

 

L'agonie des Lumières

Si les termes « populisme » et « communautarisme » figurent au premier plan du discours politique aujourd’hui, c’est parce que l’idéologie des Lumières, exposée à des attaques de provenance diverse, a perdu une grande partie de son attrait. Les prétentions de la raison universelle sont universellement suspectes. Les espoirs d’un système de valeurs qui transcenderait les particularismes de la classe, de la nationalité, de la religion et de la race ne sont plus guère convaincants. De plus en plus, on perçoit la raison et la morale des Lumières comme un masque pour le pouvoir, et la perspective d’un monde régi par la raison semble plus lointaine qu’à aucun moment depuis le XIXe siècle. Le citoyen du monde – prototype de l’humanité de l’avenir, selon les philosophes des Lumières – n’est guère visible. Nous avons un marché universel, mais il n’est pas porteur des effets civilisateurs qu’en attendaient avec tant de confiance Hume et Voltaire. Au lieu d’engendrer une prise en compte nouvelle de nos inclinaisons et de nos intérêts communs – de l’identité essentielle des êtres humains sur toute la surface du globe – le marché mondial semble intensifier la prise de conscience des différences ethniques et nationales. L’unification du marché va de pair avec la fragmentation de la culture.
Christopher Lasch - La révolte des élites

Guy Hermet: L'hiver de la démocratie

L’hiver de la démocratie ou le nouveau régime

Armand Colin, 2007. 230 p, compte rendu Bruno Modica

Bruno Modica est chargé de cours en relations internationales à la prépa-ENA ( IEP de Lille)

 

Trouvé sur: www.clionautes.org/spip.php?article1703

Ancien directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po, Guy Hermet publie un tableau pessimiste du fonctionnement des pays démocratiques où se sont développés des formes de contrôle des esprits mais aussi des logiques de « correction » allant du politiquement ou au pédagogiquement correct.

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L’auteur dénonce ici une liberté faussée, soumise à une censure qui n’est pas extérieure, mais intériorisée. Il rappelle par exemple que certains mots sont devenus tabous comme souveraineté du peuple consubstantielle à l’idée de démocratie. Cela laisse place d’ailleurs aux populismes qui apparaissent comme des substituts de cette crise des démocraties.

Langage citoyen

On trouve également dans ces séries de substituts le nationalisme démocratique ou le wilsonisme botté. version finale. Guy Hermet dénonce aussi avec une certaine vigueur les abus de langage sur certains termes qui font partie du parcours obligé : « citoyen » ou « républicain », ou encore « citoyenneté » sont devenus des étiquettes indispensables dont on use et abuse. L’auteur utilise d’ailleurs la jolie formule de « préservatif lexical » garantissant la « bonne » pensée.

Le bilan que fait Guy Hermet de nos démocraties est en effet assez pessimiste. On parlera d’usure de la démocratie en France du fait des cohabitations successives et du poids de la rue rendant les réformes nécessaires difficiles. Le bilan aux Etats-Unis est de même nature avec la baisse de la mobilité sociale et surtout la montée en puissance de l’idéologie de la peur. De façon globale on assistera à une baisse de l’éthique de responsabilité des élites et aussi à une sorte de fuite en avant. Guy Hermet traduit en effet les évolutions que l’on peut constater dans des élites qui n’ont plus d’entrepreneurial que le nom, et dans une fuite en avant en matière de luxe ostentatoire. On est bien loin en effet du compteur électrique séparé que le Général de Gaulle avait fait installer à l’Élysée !

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Les idées politiques de Gustave Le Bon

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Source : Recension Les idées politiques de Gustave Le Bon, Catherine Rouvier (PUF, 1986) par Ange Sampieru, revue Vouloir n°35/36 (janv. 1987).

Né en 1841, mort en 1931, le docteur Gustave Le Bon est resté célèbre dans l'histoire des idées contemporaines pour son ouvrage historique, La psychologie des foules, paru en 1895. Pourtant, en dépit de plusieurs décennies de gloire, que Catherine Rouvier situe entre 1910 (date de la plus grande diffusion de son ouvrage) et 1931, année de sa mort, il erre depuis maintenant 50 ans dans un pénible purgatoire. Cette éclipse apparaît, au regard de la notoriété de Le Bon, comme un sujet d'étonnement. L’influence de Le Bon ne fut pas seulement nationale et française. Son livre fut lu, loué et utilisé dans de nombreux pays étrangers. Aux États-Unis, par ex., où le Président Théodore Roosevelt déclarait que l’ouvrage majeur de Gustave Le Bon était un de ses livres de chevet. Dans d'autres pays, le succès fut également assuré : en Russie, où la traduction fut assurée par le Grand-Duc Constantin, directeur des écoles militaires ; au Japon et en Égypte aussi, des intellectuels et des militaires s'y intéressent avec assiduité. Cette présence significative de Gustave Le Bon dans le monde entier ne lui évita pourtant pas la fermeture des portes des principales institutions académiques françaises, notamment celles du monde universitaire, de l'Institut et du Collège de France.

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Eric Werner:« Ne vous approchez pas des fenêtres/ Indiscrétions sur la nature réelle du régime »

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Eric Werner, « Ne vous approchez pas des fenêtres/ Indiscrétions sur la nature réelle du régime », coll. Les Yeux ouverts , Editions Xénia, 2008, 140p ., 13,30 

Depuis une quinzaine d’années, Eric Werner publie des ouvrages qui contrastent avec l’univers ouaté et pépère des idées creuses. Après les formidables « Avant-Guerre civile » et « Après-Démocratie » et une très surprenante « Maison de servitude », voici un nouvel essai dans la lignée des deux premiers : « Ne vous approchez pas des fenêtres/ Indiscrétions sur la nature réelle du régime ». Si le titre paraît énigmatique, son sous-titre en indique l’orientation générale. L’intitulé étrange provient d’une remarque (d’un avertissement ?) lancé au juge d’instruction spécialisé dans les affaires de corruption politico-mafieuse des années 1990, Eva Joly, par un très haut magistrat français.

Ce titre curieux se comprend de diverses façons. Il ne faut pas s’approcher des fenêtres car on risque d’être la cible d’un tireur embusqué ou bien, si on jette un regard dehors, la réalité risque de nous secouer car on découvrirait que l’Extérieur contredit les rêveries idéologiques de l’Intérieur si confortables… La mise en garde est à prendre au sérieux et on est prévenu : en ouvrant l’opuscule, on deviendra le complice – intellectuel et moral – du professeur Werner.

Celui-ci reprend, poursuit et affine les thématiques déjà abordées dans « L’Avant-Guerre civile » et « L’Après-Démocratie ». Toutefois, la formulation n’est là nullement universitaire. Eric Werner a choisi d’exposer ses réflexions en de très courtes discussions incisives, concises et intenses entre l’Avocat, l’Ethnologue, le Sceptique, le Philosophe, le Colonel, le Collégien, l’Auteur, le Double et d’autres « personnages ». Sont-ils des archétypes, des figures, des allégories quelque peu originales ? S’il est impossible de répondre à cette question, on sait toutefois que ce sont « des dissidents, littéralement des gens qui s’assoient en travers. En travers de quoi ? […] De l’opinion commune. Ils suivent leur voie propre qui n’est pas celle des autres ». Bref, ils appartiennent aux « 5% de rebelles […] qui lisent, réfléchissent, s’intéressent aux choses qui en valent la peine, pratiquent le doute méthodique, etc

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Nietzsche vu par Deleuze

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Francesco INGRAVALLE:

 

 

Edité en Italie par Bertani en 1973, puis, dans une seconde édition, en 1978, le travail de Gilles Deleuze sur Nietzsche avait été publié pour la première fois en France en 1965. Il s’agit principalement d’une anthologie, précédée d’une introduction magistrale, où l’auteur propose une nouvelle fois ses interprétations de la pensée du philosophe allemand qu’il avait préalablement consignées dans son ouvrage de 1962, intitulé “Nietzsche et la philosophie”.

 

 

Selon le rédacteur de l’introduction à cette édition italienne, Nietzsche marque de son sceau une étape de la crise la plus aiguë du rationalisme occidental, c’est-à-dire l’étape où la réalité “plane”, systémique, se transforme en un complexe de contradictions et de conflits. La philosophie a donc pour tâche non plus de soutenir l’ordre existant et de résoudre les contradictions qui y surgissent mais de refléter les contradictions elles-mêmes.

 

La réalité n’est pas “une”; il n’existe pas “une” vérité; il existe en revanche un usage  politique de la “vérité”, ce qui nous amène à constater qu’il y de nombreuses vérités. Il est dès lors nécessaire de mobiliser nos attentions pour capter les fonctions politiques des vérités existantes, ce qui revient à détruire et les vérités et les certitudes. 

 

Comme Freud avait découvert la matrice sensuelle de tout agir humain (la libido) et comme Marx avait mis en lumière la matrice économique des vicissitudes historiques et politiques ainsi que des idées, Nietzsche, pour sa part, a découvert (ou contribué à faire découvrir) la matrice politique du problème de la vérité par le biais de son travail d’arrachage de tous ses masques que se donnent les vérités et les certitudes.

 

 

Dans la perpsective que nous suggère cette nouvelle introduction italienne au travail de Deleuze, nous pourrions utiliser le Nietzsche démystificateur de la “Vérité” pour remettre en question le “noyau métaphysique de Marx”, c’est-à-dire cette notion d’objectivité fondée sur un mode inconditionné et ingénu, typique des problématisations auxquelles Marx fit face pendant toute l’époque de l’idéalisme allemand (grosso modo entre les dernières années du 18ième siècle et les deux premières décennies du 19ième). Quant à l’essai d’introduction de Gilles Deleuze lui-même, il met en avant l’anti-métaphysique de Nietzsche; par le truchement de positions où les valeurs sont décrétées supérieures à la Vie , la philosophie se pose comme juge de la Vie et ne tarde pas, alors, à s’opposer à elle. Une philosophie de cet acabit dérive de Socrate: “si l’on définit la métaphysique par la distinction entre deux mondes, en opposant l’essence à l’apparence, le vrai au faux, l’intelligible au sensible, alors, oui, on peut dire que Socrate a inventé la  métaphysique (...)”.

 

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Remarques critiques sur l’ “Union Méditerranéenne” de Sarközy

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Bernhard TOMASCHITZ:

 

 

 

Le 13 juillet, ce sera  chose faite: un jour avant la fête nationale française, on signera à paris le Traité fondateur de l’Union méditerranéenne, lors du sommet entre pays de l’UE et pays riverains de la Méditerranée. A cette nouvelle construction appartiendront non seulement les 27 pays membres de l’UE, mais aussi tous les pays riverains des côtes méridionales et orientales de la Mer Méditerranée , dont le Maroc, l’Algérie, la Tunisie , le Libye, l’Egypte, Israël, la Syrie et la Turquie. Malgré tout le tintamarre et tous les flonflons suscités par Sarközy pour faire passer son projet favori, l’affaire ne semble pas vraiment démarrer sous de bons auspices: d’abord, Sarközy a dû modifier considérablement son projet de départ; il voulait que seuls les pays de l’UE, qui sont réellement riverains de la Méditerranée , participent au projet et voilà que maintenant, on en est à se demander quels pays riverains en feront vraiment partie. De plus, Sarközy n’a jamais pu réfuter complètement les reproches qu’on lui formulait, notamment ceux qui alléguaient que l’objectif réel de cette construction euro-méditerranéenne visait uniquement à consolider les positions déjà dominantes de la France en Méditerranée.

Sarközy a commencé par essuyer une fin de non recevoir du leader libyen Mouamar Khadafi, qui considère l’Union Méditerranéenne comme une “insulte” aux Etats arabes et africains. Ce refus de Khadafi s’explique sans doute par le fait qu’il ne pourra pas jouer, dans ce nouvel orchestre, le rôle de la vedette principale. Mais le Ministre égyptien des affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit n’est pas plus enthousiaste.

 

Pour lui, cette “Union Méditerranéenne” est “comme un spectre dans les airs, sur lequel on ne rine dire de raisonnable”. Ensuite, a-t-il ajouté, “il aurait été bon que le Président français ait préalablement consulté les Etats arabes avant d’annoncer publiquement son projet”. Les Arabes estiment donc qu’ils ont été pris de court et craignent de futures divergences vu la participatin annoncée d’Israël dans ce concert. La Syrie , pour sa part, accepte le projet, avec prudence, car Damas espère que, par le biais de cette “Union Méditerranéenne”, les Syriens obtiendront un traité de paix avec Israël, afin de récupérer à terme les hauteurs du Golan.

 

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Antoine de Saint-Exupéry: donner un sens à l'homme

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Klaus HORNUNG :

Où est donc passé le temps, désormais lointain, où les ouvrages de Saint-Exupéry remplissaient les vitrines des libraires et que leurs tirages atteignaient les centaines de milliers d’exemplaires, notamment la trilogie des romans d’aviation: “Courrier Sud”, “Vol de nuit”, “Terre des hommes” ; et aussi “Pilote de guerre”. “Le Petit Prince”, édité en français en 1946 et seulement en 1952 en allemand, avec son tirage de plus de quatre millions d’exemplaires, trouve encore des lecteurs aujourd’hui, surtout dans les maisons où souffle encore l’esprit de la “Bildungsbürgertum”, de la bourgeoisie lettrée et cultivée, et chez les adolescents. “ La Citadelle ” (1948) paraît en Allemagne en 1951 et est demeuré une lecture incontournable pour ceux qui aiment la réflexion et pour les conservateurs éthiques parmi nos contemporains. La figure centrale de cette oeuvre, le Grand Caïd (*), le Prince des sables sahariens, a reçu quelques fois le sobriquet de “Zarathoustra du désert”.

Saint-Ex’, comme l’appelaient ses amis, appartenait à la génération dite de l’  « éveil spirituel » qu’ont connu nos voisins français après la Grande Guerre. Cette génération comptait notamment Jacques Maritain, Georges Bernanos, François Mauriac, Gabriel Marcel, André Malraux et Emmanuel Mounier. Ce fut un courant intellectuel fort fertile, interrompu seulement par le nihilisme sans consistance du mouvement de mai 68. Aujourd’hui, deux générations après Saint-Exupéry, né le 29 juin 1900, le caractère indépassable de son œuvre et de sa pensée réémerge à la conscience de quelques-uns de nos contemporains.

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