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28.05.2008
De la Révolution Orange à la déconfiture amère

Olivier Jarosz
Etudiant en Master à l’Institut européen, Olivier Jarosz est aussi responsable de la revue estudiantine "Eyes on Europe".
Fin 2004, le monde et l’Europe ont vibré autour du soulèvement démocratique et pacifique de la nouvelle Ukraine et de sa « Révolution Orange ». Actuellement on déchante en Ukraine et l’actuel président Viktor Iouchtchenko, héros de la Révolution, semble, selon les analystes politiques ukrainiens bloquer le fonctionnement politique du pays. Retour sur quelques évènements… fort peu médiatisés.
15:16 Publié dans Actualité, Géopolitique, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ukraine, europe, usa, russie, géorgie, géopolitique, institut européen



Commentaires
Très bon article Olivier ! C’est rare d’aborder la situation politique en Ukraine sous un angle critique. La Révolution Orange a été une incroyable opération de marketing politique et d’une certaine manière de désinformation. Si l’ancien dirigeant "pro-russe" Kouchma (ou son dauphin Yanoukovich) ne correspondait pas en tous points à l’idée qu’on se fait en Occident d’un dirigeant démocratique il n’en reste pas moins que Youshenko et son entourage sont loins d’être des modèles de "bonne gouvernance" ou de "transparence". La belle coalition démocratique (les "Oranges") a volé en éclat et s’est révélée être une coalition aux intérêts divergents.
Les groupes dirigeants de la vie politique ukrainienne qu’ils soient pro-russes ou "pro-occidentaux" (on devrait en fait dire pro-américains et atlantistes dans ce dernier cas) sont avant tout des groupes politico-économiques puissants. Yanoukovich représente les intérêts du cartel économique de Donetsk (et indirectement de certains milieux politico-économiques russes), Timoshenko (qui s’est illustrée dans les business gazier avec la Russie) est liée aux groupes de Dnipropetrovsk alors que Youshenko est l’homme des cercles économiques d’Ukraine Occidentale. Il n’est pas inutile que ces différents groupes qu’ils soient des alliés temporaires ou des adversaires ont par moments partagé de hautes fonctions dans les mêmes gouvernements.
Analyser les élections ukrainiennes et leur impact comme un progrès de la démocratie est extrêmement illusoire et masque le fait que l’Ukraine est au centre d’enjeux géopolitiques dépassant la simple question des droits de l’Homme. Croire que l’UE a tiré de grands bénéfices de ces évènements est aussi naïf dans la mesure où les Etats-Unis en ont tiré de plus grands bénéfices que Bruxelles (il faut se souvenir que des troupes ukrainiennes furent envoyées en Irak et que Kiev est fortement incitée à rentrer dans l’OTAN). L’Ukraine a été d’une certaine manière prise en otage durant la Révolution Orange et cette dernière a vu ses intérêts nationaux menacés. Il n’est pas inutile de se souvenir que la géographie électorale devint au cours de la Révolution Orange très inquiétante : une division apparut entre l’Ouest et l’Est de l’Ukraine, certains virent même à un moment dans ce phénomène les prémices d’une séparation fatale. Il est important de noter que contrairement à ce que certains ont affirmé, la Révolution Orange n’a pas mené à un "divorce" entre la Russie et l’Ukraine. Le premier voyage de Youshenko fut Moscou et les Ukrainiens n’ont pas oublié leur longue histoire partagée (et parfois tourmentée) avec les Russes.
L’Ukraine est comme la Géorgie aux centres d’enjeux dépassant son simple cadre. En Géorgie, de nombreux scandales politiques (corruption, bourrage d’urnes...) sont venus ternir l’image de grand démocrate de Mikhaïl Saakashvili et les différentes protestations populaires ont montré qu’encore une fois la situation est bien plus complexe qu’on voulait le croire. Là aussi contrairement aux apparences, les géorgiens ne sont pas anti-russes et beaucoup ont souhaité par la Révolution des Roses exprimer un changement ainsi qu’une plus grande indépendance à l’égard du grand frère russe mais force est de constater que cette "révolution" (très médiatique) a surtout consacré l’implantation de Washington dans une zone stratégique du Caucase. Le conflit avec l’Adjarie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud a repris en intensité suite à ces évènements et illustre bien la position d’otage de la Géorgie entre les intérêts russes mais surtout américains, l’Europe héritant malheureusement d’un rôle d’arbitre tout relatif.
Ecrit par : Gilles-Emmanuel Jacquet | 28.05.2008
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