Le cinéma est-européen, un cinéma aux couleurs de la vie.
Le cinéma russe, soviétique et même slave dans son ensemble est malheureusement peu connu , si ce n’est pas, du public d’ Europe occidentale. Pour les nouveaux films, ce n’est que très rarement que vous pourrez les voir dans les salles de cinémas. Quand aux plus anciens, il faudra guetter une diffusion tardive une veille d’examen sur ARTE…
Mais vous vous en doutez, comme un nombre conséquent de formes d’art, d’idées et d’analyses ne servant pas la logique du marché, il n’en est pas moins intéressant et de qualité. Pour comprendre et apprécier le cinéma slave et je dirais plus particulièrement russe, il faut avant tout comprendre et apprécier l’âme slave, l’âme russe.
Quel meilleur exemple que cette phrase prononcé par Jane Callahan, séduisante américaine qu’interprète Julia Ormond dans le Barbier de Sibérie, partant pour la Russie en 1885 et qui ferra la connaissance du jeune cadet Tolstoï avec qui elle partage le même amour pour la musique :
« La Russie est le pays des extrêmes et les russes ne peuvent vivre les choses à moitié. Comme le veut la tradition, les hommes se battent torse nu sur la glace pour se pardonner quelques instants après en se serrant dans les bras. Les gens vont aux mariages en pleurant et aux enterrements en riant, mais tout cela, bien sûr, avec le plus grand des sérieux. »
Apprécier un film russe, c’est accepter les contradictions de l’homme. C’est comprendre que les meilleurs films sur la tradition rural sont des réalisations soviétiques. Cette tradition rurale ne fut pas seulement défendue par le cinéma soviétique mais aussi japonais dans la mesure où Akira Kurosawa fit en 1975 de son oeuvre Dersu Uzala, une rencontre entre le monde traditionnel des petits peuples de la steppe avec le monde moderne, urbain et pré-industriel de la Russie tsariste. Du chamanisme roumain des Chevaux de feu au fantastique médiéval romantique de La chasse sauvage du roi Stakh, le cinéma soviétique est avant tout un cinéma profondément slave. Profondément slave donc d’une force libre mystique et spirituelle puissante. Cela déplaira sans aucun doute aux quelques réacs nationalistes anti communiste de base, mais le cinéma à rarement été aussi profond, n’a sûrement jamais autant élevé l’homme européen que lorsque l’on payait les censeurs sous l’URSS. C’est peut-être là , la seule beauté de l’ironie du monde moderne : un art qui chante les vieilles complaintes dans un système qui se veut constructiviste et industriel. En dépit d’un contrôle et d’une censure politico-culturelle, le cinéma soviétique bénéficia positivement du système étatico-bureaucratique soviétique dans la mesure où le cinéma était un secteur hautement subventionné ne répondant pas à des critères marchands de rentabilité. Ceci eut pour effet de laisser toute latitude aux réalisateurs dans le perfectionnement des scènes tournées sans qu’il soit question de respecter d’hypothétiques contraintes budgétaires. Bien que les fresques sociales à la gloire du soldat russe et du communisme soit des chefs d’oeuvres du cinéma soviétique ( Octobre, les Treize, Le cuirassé Potemkine) les films contant la diversité culturelle soviétique raisonnent comme une invitation sans fin au voyage, à la réflexion sur les valeurs humaines et la place de l’homme et la femme slave dans son environnement. Ce cinéma rendant compte de la complexité de la vie et de l’Homme n’échappa cependant pas à une certaine propagande comme ce fut le cas avec les oeuvres cinématographiques apologétiques de Dziga Vertov ou d’Efim Dzigan qui en 1936, dans Les Marins de Cronstadt, rendit responsables les Blancs et non les bolchéviques du massacre des marins révoltés. L’amour, la jalousie sont des thèmes récurant. Le crime passionnel sous fond de brume gitane dans Un accident de chasse est une des multiples illustrations de la complexité de l’âme humaine, avec toujours bien sûr, une esthétique profondément slave. Les saines vertus, comme l’amour quasi courtois d’Alecha et Choura dans La ballade du soldat , nous emmène loin des slogans des gauchistes de Mai 68 reconvertis en bons sociaux-démocrates, aidés certes par leur paye de députés européens. des gauchistes de Mai 68 reconvertis en bons sociaux-démocrates, aidés certes par leur paye de députés européens et autres fonds privés de la C.I.A.
L’homme russe est sans cesse en réflexion et en combat contre lui-même. Tous ces films nous le montrent. C’est comme si bien avant sa chute, par son cinéma, la société soviétique faisait déjà son autocritique. Mais même en admettant cela, l’ironie aura toujours un goût de folie. Les églises orthodoxes brûlent tandis que Quand passe les cigognes obtient en 1958, la palme d’or « pour son humanisme, pour son unité et sa haute qualité artistique ». Génie et folie sont sans nul doute le meilleur cocktail permettant d’atteindre le divin en toute chose. Ceci est d’autant plus clair avec la dernière oeuvre de Pavel Lounguine, Ostrov (L’Île), narrant l’histoire d’un marin soviétique amené à abattre son capitaine alors qu’il était captif de la Kriegsmarine et qui, recueilli par des moines orthodoxes, sera amené à réaliser des miracles tout en étant hanté par son terrible passé. La vie, sa complexité et son ensemble de possibilités n’ont pas échappé non plus à Krzysztof Kieślowski notamment dans son œuvre intitulée « Le Hasard » (Przypadek) qui est tout autant un essai sur la vie et les choix que peut faire un humain, qu’une critique du système communiste polonais. Le film met en scène Witold Dlugosz, un jeune étudiant en médecine. Suite à la mort de son père qui était malade, Witek arrête temporairement ses études et s’apprête à prendre le train pour Varsovie afin de voir une dernière fois son père. A partir de ce moment, trois hypothèses ou scénarios différents vont structurer le film. Dans le premier, Witek rencontre un vieil homme et cette rencontre va le pousser à adhérer au Parti Ouvrier Unifié de Pologne. Cette adhésion va bouleverser sa vie et ses relations sentimentales. Dans le second scénario, Witek n’arrive pas à prendre son train et est arrêté par un contrôleur face auquel il ne se laissera pas faire. Son insoumission va l’amener à rencontrer des dissidents et syndicalistes catholiques-romains. Cette rencontre va le pousser dans la dissidence politique et aura un impact sur sa vie. Dans le dernier scénario, Witek n’arrive pas à attraper son train et rencontre sur le quai de la gare une étudiante avec qui il avait eu un début de relation sentimentale. Il va reprendre ses études, se marier, s’engager dans une carrière prometteuse tout en adoptant un strict neutralisme politique mais chaque parcours de vie nous ramène à des questionnements essentiels sur le poids du destin, des actes et de l’engagement personnel.
De ce passé totalitaire, le cinéma russe ferra toujours bonne analyse. L’homme n’y est jamais montré comme bon ou mauvais. Il y est peint avec ses vices, ses contradictions, ses sentiments et ses regrets.
Dans Soleil Trompeur de Nikita Mikhalkov le colonel Serguei Kotov rêve en idéaliste un socialisme du courage et du sacrifice. A sa fille, lors d’une promenade en barque sur un étang , il a cette phrase :
« Tu vois Nadia, voilà pourquoi ne faisons l’Union Soviétique, pour que tout le monde ait des petits petons comme toi. »
Tout est calme, insouciant et rieur. Dimitri joué par Oleg Menchikov, un jeune homme qui a été aimé de Maroussia, la femme de Kotov, dix ans auparavant avant de disparaître brusquement, pénètre dans ce cadre idyllique. Mytia travaille à présent pour la police politique de Staline, le NKVD et il est manifeste qu’il est ici en mission. Il a reçu l’ordre d’arrêter Serguei. Mais Serguei lui demande de ne rien dire à personne et de faire comme si de rien n’était jusqu’à la fin de la journée, au moment où Mytia et Serguei partent pour Moscou dans la voiture du NKVD. Le cinéma de Mikhalkov, se sont des destins qui se croisent, jamais au hasard, où le temps est cyclique.
Il y a dans ses films , 2 hommes pour une femme, comme dans Soleil Trompeur ou Les yeux noirs, ou l’inverse dans le Barbier de Sibérie.
C’est une constante dans le cinéma russe. Il en est de même dans les films cités précédemment ; Un accident de chasse et les chevaux de feux. Chaque film slave passe du rire aux larmes. La comédie danse avec le tragique, l’amour chante avec la mort, les soldats valsent avec les mendiants. Que se soit le cinéma tchèque de Musíme si pomáhat et Kolia ou celui du génie serbe Emir Kusturica, il transparaît une bicéphalie aux frontières abstraites, une synthèse de l’histoire de l’Europe. Quant à l’Europe et en particulier ses politiques culturelles, le cinéma est-européen est toujours aussi méconnu ou sujet aux mêmes clichés. Au même titre que le cinéma latino-américain, arabe, indien, asiatique ou africain, le cinéma est-européen reste cantonné à un rôle exotique confortant une vision du monde superficielle entretenue par certains milieux culturels qui n’y voient pas un cinéma populaire mais un cinéma élitiste restreint aux cerlces Art et Essai. Alors que l’Europe est inondée par les oeuvres cinématographiques américaines commerciales et non indépendantes, de nombreuses oeuvres cinématographiques sont ignorées. Si le film de Cristian Mungiu, “4 mois, 3 semaines et 2 jours”, a remporté un vif succès, certains milieux politico-culturels occidentaux ont voulu y voir une quasi-apologie du droit à l’avortement alors qu’il n’en est strictement rien. Cette question est abordée sous un aspect certes féminin mais aussi dramatique lié au contexte particulier d’un pays, la Roumanie et d’une période, l’ère Ceauşescu. Il est fort dommage que ce film ne fut pas l’occasion pour les spectateurs français de découvrir les oeuvres de Lucian Pintilie (Le Chêne / Balanţa, Nikki şi Flo, Un Ete inoubliable), Nae Caranfil (Asphalt Tango) ou Cristian Nemescu qui, dans California Dreamin’, évoque la résistance d’un village roumain et de son chef de gare lors du passage d’un convoi militaire de l’OTAN à destination de la Serbie. De plus, cette dernière oeuvre recèle une dimension militante ignorée, de manière peu surprenante, sous nos lattitudes. Ainsi, seuls quelques chanceux purent voir sur Arte, durant l’été 2005 et à une heure tardive, l’oeuvre de Dušan Milić intitulée “Jagoda u supermarketu” et évoquant l’installation d’un supermarché américain au centre de Belgrade. Ulcéré par l’implantation de ce centre commercial, un vétéran prendra en otage une caissière (avec qui naîtra une histoire d’amour) et se retrouvera propulsé au statut d’ennemi public numéro un pour un Etat en voie d’occidentalisation et à celui de héros populaire pour de nombreux belgradois.
Dans Luna Park réalisé par Pavel Louguine en 1992, Andrei dirige un groupe de nationalistes, “les Nettoyeurs”. Ils ont investi un dépôt de Luna Park, près des manèges et des stands de tir. Ils s’adonnent, pour purifier la Russie, à des violences et des rackets sur les juifs, les homosexuels et les marginaux. Mais un jour, Aliona apprend à Andrei qu’il est d’origine juive. Bouleversé, il part à la recherche de son père.
Le cinéma slave est souvent politique mais c’est un cinéma qui sait analyser l’histoire et en tirer les problématiques. Vous n’y trouverez jamais de dogmatisme doctrinaire comme le fait si bien le « cinéma » occidental. Que se soit sur les thèmes de l’enfance confrontée à la guerre dans “Requiem pour un massacre”, la tragédie fratricide de la guerre civile yougoslave dans “No Man’s Land” de Danis Tanović ou l’amour serbo-bosniaque impossible de “La vie est un miracle” , vous ne verrez jamais une vérité, une solution ou un vainqueur.
Maximilien DESANTI et Gilles-Emmanuel JACQUET
http://www.mecanopolis.org/?p=2657






В своей лекции французский философ безжалостно отказал современной Европе в праве называться самостоятельным геополитическим центром, признав за ней лишь ресурсы экономического влияния. Реальными глобальными игроками, по мнению А. де Бенуа, сегодня могут называться лишь США, Россия и Китай. В то же время лидер «новых правых» интеллектуалов Франции обнадежил сторонников традиционных ценностей в политике: по его словам, запрос на традиционную идеологию сегодня возникает с самых неожиданных сторон, и таким образом артикулируются новые центры консервативного влияния, в том числе и на глобальном уровне.















