06.01.2009

Ouvrons les frontières… du cinéma est-européen !

Le cinéma est-européen, un cinéma aux couleurs de la vie.

 

Le cinéma russe, soviétique et même slave dans son ensemble est malheureusement peu connu , si ce n’est pas, du public d’ Europe occidentale. Pour les nouveaux films, ce n’est que très rarement que vous pourrez les voir dans les salles de cinémas. Quand aux plus anciens, il faudra guetter une diffusion tardive une veille d’examen sur ARTE…
Mais vous vous en doutez, comme un nombre conséquent de formes d’art, d’idées et d’analyses ne servant pas la logique du marché, il n’en est pas moins intéressant et de qualité. Pour comprendre et apprécier le cinéma slave et je dirais plus particulièrement russe, il faut avant tout comprendre et apprécier l’âme slave, l’âme russe.
Quel meilleur exemple que cette phrase prononcé par Jane Callahan, séduisante américaine qu’interprète Julia Ormond dans le Barbier de Sibérie, partant pour la Russie en 1885 et qui ferra la connaissance du jeune cadet Tolstoï avec qui elle partage le même amour pour la musique :

« La Russie est le pays des extrêmes et les russes ne peuvent vivre les choses à moitié. Comme le veut la tradition, les hommes se battent torse nu sur la glace pour se pardonner quelques instants après en se serrant dans les bras. Les gens vont aux mariages en pleurant et aux enterrements en riant, mais tout cela, bien sûr, avec le plus grand des sérieux. »

Apprécier un film russe, c’est accepter les contradictions de l’homme. C’est comprendre que les meilleurs films sur la tradition rural sont des réalisations soviétiques. Cette tradition rurale ne fut pas seulement défendue par le cinéma soviétique mais aussi japonais dans la mesure où Akira Kurosawa fit en 1975 de son oeuvre Dersu Uzala, une rencontre entre le monde traditionnel des petits peuples de la steppe avec le monde moderne, urbain et pré-industriel de la Russie tsariste. Du chamanisme roumain des Chevaux de feu au fantastique médiéval romantique de La chasse sauvage du roi Stakh, le cinéma soviétique est avant tout un cinéma profondément slave. Profondément slave donc d’une force libre mystique et spirituelle puissante. Cela déplaira sans aucun doute aux quelques réacs nationalistes anti communiste de base, mais le cinéma à rarement été aussi profond, n’a sûrement jamais autant élevé l’homme européen que lorsque l’on payait les censeurs sous l’URSS. C’est peut-être là , la seule beauté de l’ironie du monde moderne : un art qui chante les vieilles complaintes dans un système qui se veut constructiviste et industriel. En dépit d’un contrôle et d’une censure politico-culturelle, le cinéma soviétique bénéficia positivement du système étatico-bureaucratique soviétique dans la mesure où le cinéma était un secteur hautement subventionné ne répondant pas à des critères marchands de rentabilité. Ceci eut pour effet de laisser toute latitude aux réalisateurs dans le perfectionnement des scènes tournées sans qu’il soit question de respecter d’hypothétiques contraintes budgétaires. Bien que les fresques sociales à la gloire du soldat russe et du communisme soit des chefs d’oeuvres du cinéma soviétique ( Octobre, les Treize, Le cuirassé Potemkine) les films contant la diversité culturelle soviétique raisonnent comme une invitation sans fin au voyage, à la réflexion sur les valeurs humaines et la place de l’homme et la femme slave dans son environnement. Ce cinéma rendant compte de la complexité de la vie et de l’Homme n’échappa cependant pas à une certaine propagande comme ce fut le cas avec les oeuvres cinématographiques apologétiques de Dziga Vertov ou d’Efim Dzigan qui en 1936, dans Les Marins de Cronstadt, rendit responsables les Blancs et non les bolchéviques du massacre des marins révoltés. L’amour, la jalousie sont des thèmes récurant. Le crime passionnel sous fond de brume gitane dans Un accident de chasse est une des multiples illustrations de la complexité de l’âme humaine, avec toujours bien sûr, une esthétique profondément slave. Les saines vertus, comme l’amour quasi courtois d’Alecha et Choura dans La ballade du soldat , nous emmène loin des slogans des gauchistes de Mai 68 reconvertis en bons sociaux-démocrates, aidés certes par leur paye de députés européens. des gauchistes de Mai 68 reconvertis en bons sociaux-démocrates, aidés certes par leur paye de députés européens et autres fonds privés de la C.I.A.

L’homme russe est sans cesse en réflexion et en combat contre lui-même. Tous ces films nous le montrent. C’est comme si bien avant sa chute, par son cinéma, la société soviétique faisait déjà son autocritique. Mais même en admettant cela, l’ironie aura toujours un goût de folie. Les églises orthodoxes brûlent tandis que Quand passe les cigognes obtient en 1958, la palme d’or « pour son humanisme, pour son unité et sa haute qualité artistique ». Génie et folie sont sans nul doute le meilleur cocktail permettant d’atteindre le divin en toute chose. Ceci est d’autant plus clair avec la dernière oeuvre de Pavel Lounguine, Ostrov (L’Île), narrant l’histoire d’un marin soviétique amené à abattre son capitaine alors qu’il était captif de la Kriegsmarine et qui, recueilli par des moines orthodoxes, sera amené à réaliser des miracles tout en étant hanté par son terrible passé. La vie, sa complexité et son ensemble de possibilités n’ont pas échappé non plus à Krzysztof Kieślowski notamment dans son œuvre intitulée « Le Hasard » (Przypadek) qui est tout autant un essai sur la vie et les choix que peut faire un humain, qu’une critique du système communiste polonais. Le film met en scène Witold Dlugosz, un jeune étudiant en médecine. Suite à la mort de son père qui était malade, Witek arrête temporairement ses études et s’apprête à prendre le train pour Varsovie afin de voir une dernière fois son père. A partir de ce moment, trois hypothèses ou scénarios différents vont structurer le film. Dans le premier, Witek rencontre un vieil homme et cette rencontre va le pousser à adhérer au Parti Ouvrier Unifié de Pologne. Cette adhésion va bouleverser sa vie et ses relations sentimentales. Dans le second scénario, Witek n’arrive pas à prendre son train et est arrêté par un contrôleur face auquel il ne se laissera pas faire. Son insoumission va l’amener à rencontrer des dissidents et syndicalistes catholiques-romains. Cette rencontre va le pousser dans la dissidence politique et aura un impact sur sa vie. Dans le dernier scénario, Witek n’arrive pas à attraper son train et rencontre sur le quai de la gare une étudiante avec qui il avait eu un début de relation sentimentale. Il va reprendre ses études, se marier, s’engager dans une carrière prometteuse tout en adoptant un strict neutralisme politique mais chaque parcours de vie nous ramène à des questionnements essentiels sur le poids du destin, des actes et de l’engagement personnel.

De ce passé totalitaire, le cinéma russe ferra toujours bonne analyse. L’homme n’y est jamais montré comme bon ou mauvais. Il y est peint avec ses vices, ses contradictions, ses sentiments et ses regrets.
Dans Soleil Trompeur de Nikita Mikhalkov le colonel Serguei Kotov rêve en idéaliste un socialisme du courage et du sacrifice. A sa fille, lors d’une promenade en barque sur un étang , il a cette phrase :

« Tu vois Nadia, voilà pourquoi ne faisons l’Union Soviétique, pour que tout le monde ait des petits petons comme toi. »

Tout est calme, insouciant et rieur. Dimitri joué par Oleg Menchikov, un jeune homme qui a été aimé de Maroussia, la femme de Kotov, dix ans auparavant avant de disparaître brusquement, pénètre dans ce cadre idyllique. Mytia travaille à présent pour la police politique de Staline, le NKVD et il est manifeste qu’il est ici en mission. Il a reçu l’ordre d’arrêter Serguei. Mais Serguei lui demande de ne rien dire à personne et de faire comme si de rien n’était jusqu’à la fin de la journée, au moment où Mytia et Serguei partent pour Moscou dans la voiture du NKVD. Le cinéma de Mikhalkov, se sont des destins qui se croisent, jamais au hasard, où le temps est cyclique.
Il y a dans ses films , 2 hommes pour une femme, comme dans Soleil Trompeur ou Les yeux noirs, ou l’inverse dans le Barbier de Sibérie.
C’est une constante dans le cinéma russe. Il en est de même dans les films cités précédemment ; Un accident de chasse et les chevaux de feux. Chaque film slave passe du rire aux larmes. La comédie danse avec le tragique, l’amour chante avec la mort, les soldats valsent avec les mendiants. Que se soit le cinéma tchèque de Musíme si pomáhat et Kolia ou celui du génie serbe Emir Kusturica, il transparaît une bicéphalie aux frontières abstraites, une synthèse de l’histoire de l’Europe. Quant à l’Europe et en particulier ses politiques culturelles, le cinéma est-européen est toujours aussi méconnu ou sujet aux mêmes clichés. Au même titre que le cinéma latino-américain, arabe, indien, asiatique ou africain, le cinéma est-européen reste cantonné à un rôle exotique confortant une vision du monde superficielle entretenue par certains milieux culturels qui n’y voient pas un cinéma populaire mais un cinéma élitiste restreint aux cerlces Art et Essai. Alors que l’Europe est inondée par les oeuvres cinématographiques américaines commerciales et non indépendantes, de nombreuses oeuvres cinématographiques sont ignorées. Si le film de Cristian Mungiu, “4 mois, 3 semaines et 2 jours”, a remporté un vif succès, certains milieux politico-culturels occidentaux ont voulu y voir une quasi-apologie du droit à l’avortement alors qu’il n’en est strictement rien. Cette question est abordée sous un aspect certes féminin mais aussi dramatique lié au contexte particulier d’un pays, la Roumanie et d’une période, l’ère Ceauşescu. Il est fort dommage que ce film ne fut pas l’occasion pour les spectateurs français de découvrir les oeuvres de Lucian Pintilie (Le Chêne / Balanţa, Nikki şi Flo, Un Ete inoubliable), Nae Caranfil (Asphalt Tango) ou Cristian Nemescu qui, dans California Dreamin’, évoque la résistance d’un village roumain et de son chef de gare lors du passage d’un convoi militaire de l’OTAN à destination de la Serbie. De plus, cette dernière oeuvre recèle une dimension militante ignorée, de manière peu surprenante, sous nos lattitudes. Ainsi, seuls quelques chanceux purent voir sur Arte, durant l’été 2005 et à une heure tardive, l’oeuvre de Dušan Milić intitulée “Jagoda u supermarketu” et évoquant l’installation d’un supermarché américain au centre de Belgrade. Ulcéré par l’implantation de ce centre commercial, un vétéran prendra en otage une caissière (avec qui naîtra une histoire d’amour) et se retrouvera propulsé au statut d’ennemi public numéro un pour un Etat en voie d’occidentalisation et à celui de héros populaire pour de nombreux belgradois.

Dans Luna Park réalisé par Pavel Louguine en 1992, Andrei dirige un groupe de nationalistes, “les Nettoyeurs”. Ils ont investi un dépôt de Luna Park, près des manèges et des stands de tir. Ils s’adonnent, pour purifier la Russie, à des violences et des rackets sur les juifs, les homosexuels et les marginaux. Mais un jour, Aliona apprend à Andrei qu’il est d’origine juive. Bouleversé, il part à la recherche de son père.
Le cinéma slave est souvent politique mais c’est un cinéma qui sait analyser l’histoire et en tirer les problématiques. Vous n’y trouverez jamais de dogmatisme doctrinaire comme le fait si bien le « cinéma » occidental. Que se soit sur les thèmes de l’enfance confrontée à la guerre dans “Requiem pour un massacre”, la tragédie fratricide de la guerre civile yougoslave dans “No Man’s Land” de Danis Tanović ou l’amour serbo-bosniaque impossible de “La vie est un miracle” , vous ne verrez jamais une vérité, une solution ou un vainqueur.

Maximilien DESANTI et Gilles-Emmanuel JACQUET

http://www.mecanopolis.org/?p=2657

     

 

30.11.2008

Ален де Бенуа стал гостем МГУ / Alain de Benoist a été l'hôte de l'Université d'Etat de Moscou Lomonossov

Мероприятия с участием французского ученого и российской интеллектуальной элиты, организованные Центром консервативных исследований, проходят на социологическом факультете МГУ. Визит Алена де Бенуа начался с его встречи с деканом, профессором Владимиром Добреньковым. Российский и французский ученые сошлись во взглядах по многим вопросам, проявив полное единодушие в критике ограничения социологической науки рамками так называемой «чистой», позитивистской социологии, принципиально лишенной ценностного основания при изучении социальных феноменов. Французский мыслитель поддержал декана в утверждении того, что социологам «необходимо базироваться на традиционных ценностных системах». «Подход в оценке явлений глобализации у нас одинаков, поиски идут в одном направлении», - заключил по итогам беседы с теоретиком «Новых правых» В.И. Добреньков.

Открытая лекция Алена де Бенуа «Новая консервативная парадигма в XXI веке» вызвала большой интерес среди учащихся и преподавателей гуманитарных факультетов МГУ, а также студентов ряда столичных вузов, в том числе Российского государственного социального университета, Московского государственного педагогического университета, Российского государственного гуманитарного университета. Студент 5 курса философского факультета МГУ Константин Гусов с воодушевлением отметил, что «встреча с живым классиком, о котором пишут диссертации, чьи идеи владеют умами миллионов и определяют перспективу глобальных мировоззренческих процессов, является мощным стимулом для начинающего исследователя».

В своей лекции французский философ безжалостно отказал современной Европе в праве называться самостоятельным геополитическим центром, признав за ней лишь ресурсы экономического влияния. Реальными глобальными игроками, по мнению А. де Бенуа, сегодня могут называться лишь США, Россия и Китай. В то же время лидер «новых правых» интеллектуалов Франции обнадежил сторонников традиционных ценностей в политике: по его словам, запрос на традиционную идеологию сегодня возникает с самых неожиданных сторон, и таким образом артикулируются новые центры консервативного влияния, в том числе и на глобальном уровне.

Вопросы аудитории французскому гостю разнились от идейно-политических - не преувеличена ли угроза исламского влияния в Европе сегодня? - до злободневных - насколько востребована профессия социолога во Франции. Будущих специалистов в сфере социологии, жаждущих обмена профессиональным опытом с западными коллегами, лектор заверил, что отказываться от привычной для них российской научной парадигмы им не стоит - их уникальная фундаментальная подготовка и самобытные подходы будут востребованы в Европе.

Ален де Бенуа стал главным гостем очередного заседания Центра консервативных исследований социологического факультета. Однако, как отметил руководитель ЦКИ философ Александр Дугин, личности такого масштаба, как «патриарх европейского консерватизма», мероприятия Центра ранее еще не посещали. А. де Бенуа рассказал собравшимся на заседании ведущим российским ученым-обществоведам про аспекты сегодняшней деятельности своего интеллектуального движения, призвал не отождествлять его с прочими активистами правого лагеря Европы и американскими «new rights», а также посетовал на предвзятое отношение, которое успело сложиться у большинства европейцев по отношению к самому термину «консерватизм». «Во Франции консерватор автоматически воспринимается как реакционер, терминология носит уничижительный характер», - отметил он. Данная проблема, как выяснилось в ходе дискуссии, оказалась близка и российской аудитории, ведь в России, по словам собравшихся, консервативные мыслители зачастую также воспринимаются враждебно.

Новое интеллектуальное периодическое издание, сочетающее в себе научный подход и острый публицистический анализ современных проблем и явлений, - в таком журнале сегодня ощущается потребность со стороны консервативной, и реально, и потенциально, аудитории России, заключили участники заседания. По убеждению В. Добренькова, такой журнал «мог бы сплотить всех традиционных интеллектуалов России и в будущем стать основой для создания мощного интеллектуального движения». Как подчеркнул при этом декан социологического факультета, издание должно объединять в себе «лучшие идеологические традиции и царской, и советской России, и зарубежных мыслителей под общим знаменателем, отвечающим на вопрос: "что может скрепить общество?"». А. Дугин считает, что для создания такого журнала и на его основе - «движения идей» необходимая база «уже наработана», при этом, по его мнению, «академический статус издания, выпускаемого под эгидой МГУ, станет его бесспорным конкурентным преимуществом».

«Я познакомился с Аленом де Бенуа 16 лет назад, и с тех пор под влиянием именно его идей формировалось наше политическое направление», - признался председатель партии «Народный союз» Сергей Бабурин. Он также считает «суперзлободневной идеей» издание в России такого журнала консервативной мысли, ведь сегодня в нашей стране, по мнению С.Бабурина, «необходима колоссальная просветительская работа на уровне массового сознания, объяснение того, что только консерватизм может просветить общество». Как утверждает лидер «Народного союза», важнее сегодня «не участие в выборах - круг избранных заранее определен - а формирование в обществе консервативных настроений», поскольку пока еще 80% электората представляют собой «светско-советских безбожных избирателей, для которых кусок хлеба важнее любой идеологии».

Участники заседания в ходе обсуждения консервативной идеологии затронули и тему религиозных ценностей. Как считает Ален де Бенуа, религиозные ценности «хороши для России, но не для Европы». «В Европе партия, основанная на религиозных ценностях, может набрать на выборах, пожалуй, ноль процентов. Европе удалось такого уровня атеизации, которого России не удалось достичь даже после принудительно-тоталитарной политики советского периода», - отметил французский философ. Он рассказал, в частности, о том, что еще 30 лет назад во Франции действовал закон о наказании за пропаганду гомосексуализма, а сегодня ему на смену пришел другой закон, «запрещающий говорить о гомосексуализме что-либо плохое». А во французских школах сегодня в ходу учебники с названиями «Против гомофобии».

В свою очередь, заведующий кафедрой теоретической политологии МГУ профессор Валерий Расторгуев сделал вывод о том, что «консерватизм возможен только в России, ведь настоящий консерватизм призван отвечать на вопрос, есть ли в идеологии место Богу».

Источник: пресс-служба социологического факультета МГУ им. М. В. Ломоносова

http://rossia3.ru/news/2008/11/26/15:17:53

 

12.11.2008

Le parc d'automne

J’avais peur que nous deux, là bas dans ton empire

A profiter du temps, maudissant le futur

Ce désir en éclair, lorsqu’il fallut partir

S’enferme dans un coffre dépourvu de serrure

 

 

Cent vingt jours sans tes mains à penser ton retour

J’occupais mon esprit dans les livres et la guerre

Et ne sais plus l’instant où le vent de l’amour

A soufflé dans mon cœur comme le froid de l’hiver

 

 

La danse des passions s’éternise en plaisir

J’enrage d’arriver au moment des adieux

Dans le parc d’automne, j’ai aimé ton sourire

Et serrant ton visage, j’ai prié dans tes yeux

 

 

Et le train vole au nord et nos mains se séparent

Je sais que ces instants passés dans la jouissance

Tu les rêves avec moi quand je quitte la gare

Quand malgré ton départ, je remercie la chance

 

Maximilien Desanti

PARIS-MOCKBA

Politburo 2100

 

La puissance matte d'un Dieu

s'écoule en visions d'encres

dans l'assaut brut

du monde

sur le papier

 

il n'y a plus d'hommes

mais nos gants verts

nos galons

de prophètes

 

contre l'éperon pâle d'Helios

au creux de la chapelle

sainte de verre

          sur fond de Nine Inch Nails

Benjamin Demeslay

PARIS-MOCKBA

http://scenehurlante.hautetfort.com/

05.11.2008

Quel avenir pour l'Université de Genève?

Le 30 novembre 2008, une nouvelle loi cantonale sur l'Université sera soumise au vote des citoyens genevois. L'avenir semble incertain et le débat fait rage entre les défenseurs et les opposants à cette loi. Afin de cerner les différents enjeux de cette loi et d'avoir une vision d'ensemble sur cette épineuse question qui semble mettre en péril la véritable autonomie de notre Alma Mater, nous avons jugé utile de mettre en ligne les articles et positions des différents protagonistes. Si le CSAE soutient toute tentative visant à donner une autonomie réelle à l'Université et à la mettre en relation avec les différentes sphères de la société, il n'en reste pas moins perplexe quant aux arguments portant sur l'autonomie financière de notre chère institution et les conséquences qui pourraient en résulter. Ce processus n'est pas seulement à l'oeuvre à Genève mais il touche aussi l'ensemble des universités et participe à l'uniformisation et à la marchanidsation de la culture et des systèmes d'enseignement. N'oublions pas que depuis trois ans, certains milieux économiques et politiques souhaitent procéder à une augmentation des taxes universitaires jusqu'à 5000 CHF par année...

- Nouvelle loi sur l'Université: le Rectorat monte au front:

Université | Le rectorat défend la nouvelle loi cantonale sur l'Université qui sera soumise aux Genevois le 30 novembre. Il balaie les risques de perte de contrôle démocratique et de privatisation de l'institution mis en avant par ses détracteurs. L'équipe complète du rectorat de l'Université de Genève (UniGe) a réaffirmé lundi devant les médias la nécessité de remplacer l'actuelle loi. Datant de 1973, elle est «la plus ancienne et la plus périmée» des législations régissant une université suisse, selon les mots du vice-recteur Yves Flückiger. La nouvelle loi ne sera pas synonyme de dictature du rectorat. «Elle ne concentre pas les pouvoirs, mais précise les responsabilités», a
affirmé Pierre Spierer, vice-recteur. Un nouvel organe représentatif, l'Assemblée de l'Université, se prononcera sur tous les grands instruments de gouvernance et désignera le recteur.

Lire l'article (Tribune de Genève)...

- Non à la nouvelle loi sur l'Université!

L’autonomie envisagée n’est qu’une façade qui masque un transfert de dépendance de l’Etat vers l’économie marchande.

Encouragée à être toujours plus « compétitive » sur le marché international de l’éducation, l’Université se voit affublée d’une simple loi-cadre, réduite au minimum, afin de garantir sa flexibilité et son adaptation à l’offre et à la demande.

Plutôt que d’autonomie, il s’agit en fait d’une indépendance de gestion pour le rectorat de l’Université. Celle-ci serait désormais dirigée à la manière d’une entreprise privée par un rectorat fort. Il s’agirait alors d’une lourde perte de contrôle populaire sur cette institution. D’un service public, elle est appelée à devenir une entreprise fournissant des prestations à des étudiants désormais conçus comme des clients.

Lire la suite (Communauté Genevoise d'Action Syndicale)...

 

- En marge de la nouvelle loi sur l'Université:

Le peuple est appelé à se prononcer le 30 novembre sur la nouvelle Loi sur l’Université, une loi qui doit en substance donner plus d’autonomie à l’institution universitaire. Si le peuple est appelé à voter, c’est suite à un référendum initié par les étudiants au lendemain de l’adoption de ladite loi par le Grand Conseil, à la veille de la pause estivale. Un numéro hors série de la revue Courants, organe de la CUAE (voir lien ci-dessus) expose clairement les craintes estudiantines. Les étudiants sont inquiets, et on les comprend, quant au peu de garanties données en matière de taxes universitaires, plafonnées jusqu’à présent à 500 frs par semestre. Ils craignent que l’Université de Genève ne perde le caractère démocratique qui est le sien pour s’aligner sur les modèles prestigieux d’Outre-Atlantique. Les taxes déjà perçues à l’Institut des Hautes études internationales et du Développement (3.000 frs pour un étudiant suisse par semestre et 5.000 frs pour un étudiant étranger) donnent un aperçu de ce que pourrait devenir demain l’ensemble de l’Université.

Lire la suite (Blog TDG Patri & Archi)...

- Non à la nouvelle loi sur l'Université:

Suite aux événements qui ont ébranlé l'Université de Genève au printemps 2006, le Conseil d'Etat avait jugé bon de confier à une commission externe le soin de rédiger un avant-projet de loi sur l'Université. Le mandat de cette commission, présidée par l'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, avait certes de quoi nous inquiéter. La commission devait en effet organiser ses travaux autour de trois axes: l'autonomie de l'Université, le mode de gouvernance et la convention d'objectifs (autrement dit, le contrat de prestations). Il n'aura pas fallu plus de huit mois à cette commission pour accoucher d'un avant-projet qui propose ni plus ni moins que de transformer l'Université en établissement de droit public autonome, sur le modèle des Transports publics genevois (TPG) ou des Services industriels de Genève (SIG). Le Conseil d'Etat est manifestement décidé à aller vite en besogne. Rendu public le 5 avril dernier, l'avant-projet a été traduit à la fin août en projet de loi, projet qui devrait être discuté tout prochainement au Grand Conseil. Quant à l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, elle est agendée au 1er avril 2008.

Lire la suite (Syndicat du Service Public - SSP / VPOD)...

 

 

Entretien avec Yves Bataille

Yves Bataille est une des figures marquantes de la mouvance Pan-européenne et Eurasienne. Géopolitologue, spécialiste des Balkans et notamment de la Serbie. Pour lire quelques articles de Yves Bataille :

L'Ukraine sur le grand échiquier (2004)
France : le syndrome Serbe ? (2005)
La Chine et la prochaine guerre (2006)
La guerre commence au Kosovo (2008)
Yves Bataille a accepté de répondre a quelques questions pour DISSONANCE


Yves BATAILLE, bonjour, pouvez vous vous présenter pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas ?
Mon profil: Fils de magistrat et petit-fils d'officier ayant traîné le sabre du Tonkin à la Cilicie et de Madagascar à la Guyane en passant par le Sénégal et le Bénin, je tiens peut-être de ce dernier l'attrait des grands espaces. Descendants d ' artisans catalans qui sous Louis XIV construisirent les défenses de Vauban sur la frontière espagnole au temps du rattachement du Roussillon à la France, les Bataille ont aussi un lien avec les Cardi de Sansonnetti, noblesse corse ralliée à la France avant même que la Corse ne devienne française. Par la famille de mon père, magistrat en Algérie puis en « Métropole », je suis un descendant du Général Mouton Duvernay, député royaliste de la Haute Loire rallié à Napoléon pendant les « Cent Jours » et fusillé sous Louis XVIII, et du Général La Fayette qui fut à l'origine de la création des Etats-Unis. Je suis un Français qui a passé sa prime enfance en Grande Kabylie et a fréquenté un temps le Collège de Jésuites de Notre-Dame d'Afrique d' Alger. Un Français du dehors donc - ce qui explique le nationalisme - qui a toujours gardé le lien avec la Mère Patrie même lorsque celle-ci le décevait profondément. Nationaliste du Limes et internationaliste radical à la fois, j'ai épousé une serbe et la Cause serbe au début de la guerre contre la République fédérale de Yougoslavie, une guerre vue de très près. J'ai fait serment sur son lit de mort à Paris au Colonel Tranié, fils du général Tranié héros du Front de Salonique, de me battre toujours du côté des Serbes attaqués par Moloch. Formé aux Universités françaises à l'Histoire, à la Géopolitique et à la Communication, je me définis comme un nationaliste-révolutionnaire de profession, partisan d'une France libre dans une Europe indépendante intégrant la Russie et d'un Franc-Canada (Québec et Acadie) lui aussi libre et indépendant. Je suis en définitive un « nationaliste sans frontières » entretenant des relations de combat avec tous ceux qui, dans l'espace européen et américain poursuivent le même but. Dans ce cadre j'ai eu la chance de rencontrer Philippe Rossillon, compagnon secret du Général de Gaulle, qui fut l'organisateur de l'Opération « Vive le Québec libre! », de m'entretenir dans les Balkans avec les héros serbes Radovan Karadzic et Vojislav Seselj, de trinquer en Transnistie avec le président Igor Smirnov, de partager le pain dans le Caucase avec le général Vardan Balayan, libérateur du Haut-Karabakh. Mon objectif, avec tous ceux qui vont dans la même direction, est clair, c'est la libération nationale et sociale des peuples et des nations de la domination états-unienne et l'unification géopolitique du Grand continent eurasiatique, autrement dit de la Grande Europe de l'Atlantique au Pacifique. Il faudra faire aussi la jonction avec la « Presqu'Amérique »... Vous m'avez posé une question et j'y ai répondu.

Vous êtes un expert de la Serbie, après l'intervalle "démembrement de la Yougoslavie" (1990-1996), l'intervalle "démembrement de la Serbie" (1999-2008), quelle est selon vous la prochaine "étape"?

Il existe des plans pour poursuivre le morcellement de la Serbie jusqu'à l'absurde. Dans le chef lieu du Sandjak de Novi Pazar que les Serbes appellent « Raska » (la Rascie) où Serbes et Musulmans sont en nombre égal, les Etats-Unis ont installé un « centre culturel américain » qui rappelle celui qu'ils avaient créé au Kossovo en 1998. Or Novi Pazar n'a pas besoin de centre culturel américain. Il n'y en a pas à Belgrade. Donc ce centre culturel, comme hier à Pristina, est là pour autre chose. En Rascie les Américains poursuivent leur jeu qui consiste à pousser les Musulmans contre les Orthodoxes en soutenant une revendication séparatiste de rattachement territorial à la Bosnie.
En Vojvodine la matrice de toutes les « révolutions de couleur », National Endowment for Democracy (NED) alimente un mouvement autonomiste. Dans ce grenier à blé du nord où les Serbes sont majoritaires (65% de Serbes, 14% de Hongrois, 3% de Slovaques et d'autres ethnies en petite quantité) les Américains appuient les minorités et spéculent sur la tendance de certains Serbes à se croire « supérieurs » à leurs frères du Sud n'ayant pas vécu jadis sous la coupe de l'Empire Austro-Hongrois. Ce mouvement peut être comparé au mouvement de la « Padanie » dans le nord de l'Italie. En excitant des tendances centrifuges les Américains visent à réduire encore la Serbie et à la ramener à la dimension de l'ancien Pachalik de Belgrade.

13.10.2008

Deux raisons d’espérer : Wall Street et l’Autriche

Ce n’était pas le mur de Berlin, mais celui des lamentations de la finance internationale. Ce n’était pas le 11 septembre mais dans la semaine tout de même du 11, un nouveau séisme pour Wall Street. La pire crise depuis 1929 d’après les experts. Il ne faut pas cependant se faire d’illusion. Le système sera sauvé. Il le sera cependant par les États Nations qu’il a mis en servitude depuis longtemps. Il sera sauvé, suprême humiliation, par ses serviteurs et ne sera plus jamais comme avant. Il va falloir nationaliser, socialiser, encadrer, contrôler, se recentrer sur l’économie réelle par rapports aux placements virtuels et sans identités.

Les financiers vont continuer à mener le monde, mais un peu moins et plus de la même façon. Le courtier a manqué de tuer le banquier. Le trader du virtuel va devoir composer avec le monde réel. Surtout, les peuples se sont réveillés et ont compris que le peu qu’ils avaient, était menacé par ceux qui ont trop. Ceux qui ont toujours dénoncé la fortune vagabonde sans racines et maintenant dématérialisé peuvent et doivent parler plus fort. En 1929, on ne pouvait prévoir 1933. Nul ne peut dire ce qui va arriver après 2008. Le retour annoncé du politique ne sera peut être pas celui des politiques soumis aux naufrageurs de la finance.

C’est peut-être le retour de l’idéologie et du concret. La fin de ce consensus du politiquement correct qui pousse aux grandes coalitions contre nature et sans colonne vertébrale. Quand un socialiste gouverne avec un conservateur cela veut dire que c’est autre chose que la politique qui gouverne le pays. Cette autre chose, la dictature du marché, vient de se crasher.
On prendra donc comme un heureux présage le retour en force des identitaires et populistes autrichiens. Deux partis divisés, mais qui font 30 % aussi bien que les conservateurs qui ne conservent rien et que les socialistes qui gèrent le libéralisme de marché. Ils font mieux qu’en 99 quand Haider et sa culotte de peau avaient rendu l’Europe hystérique en entrant au gouvernement.

La droite identitaire et populiste s’installe dans le paysage européen et pas seulement en Autriche où elle revient. Son discours social est de nouveau audible. Il ne faut pas laisser la lutte contre la vie chère à Besancenot et consorts.

Les décombres de la finance virtuelle appellent plus que jamais au combat des hommes debout au milieu des ruines.

 

Source

La classe moyenne et la fausse démocratie

 

Par Piotr Romanov, RIA Novosti

On dit qu'Aristote fut le premier à évoquer l'existence d'une "classe intermédiaire" entre les riches et les pauvres. Il ne s'agit pas de la découverte la plus sage du grand philosophe. En effet, même à son époque, il était facile de se rendre compte de l'existence d'une couche intermédiaire entre les élites et les misérables. Il est cependant curieux de constater que la science n'a pas beaucoup progressé en la matière depuis l'époque aristotélicienne.

Quelques dizaines de méthodes seulement ont vu le jour depuis pour définir la classe moyenne, et celles-ci, en raison de leur caractère contradictoire, n'ont fait que susciter des doutes quant à son existence, ou du moins à la précision de ce terme. C'est que tout homme normal comprend que la classe moyenne existe, mais les sociologues, eux, ont certains doutes à cet égard. Ils sont incapables, par exemple, de définir le niveau de revenus qui permettrait d'affirmer que telle ou telle personne appartient à la classe moyenne.

Il est encore plus difficile de définir le caractère de la classe moyenne. En effet, ses représentants manifestent deux tendances opposées, à savoir l'amour du libéralisme et du conservatisme. C'est-à-dire qu'une même personne peut préconiser à la fois la liberté et la stabilité, alors que ces deux phénomènes, malheureusement, ne vont pas toujours ensemble. La notion même de stabilité est souvent étrangement interprétée par la classe moyenne. Au nom de cette stabilité, celle-ci a soutenu toutes sortes de régimes.

Qu'en est-il en Russie? Lev Goudkov, directeur du Centre Levada, évoqua un jour dans un cours les études que son établissement avait réalisées à la demande d'un client particulier et qui étaient consacrées à la classe moyenne naissante en Russie. Dans le cadre de ce sondage, le centre avait questionné des managers trentenaires ayant fait carrière et atteint le "bien-être" uniquement grâce à leur formation, leurs capacités intellectuelles et leur énergie, et non des fonctionnaires corrompus de la période eltsinienne.

Cependant, à la question de savoir quelle était le principal acquis de la période poutinienne, la quasi-totalité des personnes interrogées ont donné la même réponse - "la stabilité" - ce qui est d'ailleurs tout à fait prévisible aujourd'hui. Mais la question suivante - celle de savoir à quel point leur actuel bien-être social et matériel est stable - a obtenu des réponses surprenantes. La période de stabilité garantie a été évaluée entre deux et six mois. Notons que ce sondage a été réalisé bien avant l'actuelle crise financière.

De toutes les caractéristiques existantes de la classe moyenne, la plus éloquente est sans doute la suivante: une personne appartenant à cette classe estime être un pilier de l'Etat, définir le sort de son pays et assurer sa prospérité et sa sécurité. Mais elle pense aussi que ce sont les représentants de la classe moyenne et non les élites qui élisent et contrôlent le pouvoir. Ils peuvent, si nécessaire, remplacer une équipe de gestionnaires de l'Etat défaillante grâce à un système électoral clair et transparent. Dans de telles conditions, plus large est la classe moyenne, mieux c'est pour le pays: la classe moyenne garantit alors la stabilité de l'Etat. Or, la classe moyenne russe a un autre mode de pensée. D'ailleurs, dans les conditions actuelles, il lui est impossible de se percevoir d'une telle façon.

Le président Dmitri Medvedev a récemment prononcé un discours devant les représentants de l'opinion publique dans lequel il a formulé cinq principes qu'il envisageait de suivre en matière de politique intérieure.

Medvedev a commencé par rejeter catégoriquement les espoirs de certains partenaires étrangers de la Russie souhaitant la repousser en arrière, lui imposer un état de forteresse assiégée, à l'intérieur de laquelle règnerait, comme souvent dans ce cas, l'autoritarisme voir le despotisme. Lors de la rencontre, on a beaucoup parlé de la liberté de la personne, de la démocratie, et ce, en lien avec d'autres tâches urgentes pour la société russe: la modernisation, la promotion des technologies innovantes, etc. Bref, le président a donné à entendre que la Russie ne reculerait pas d'un seul pas dans sa voie démocratique.

Cela se veut rassurant. Mais pas tant que ça, car pas un seul mot n'a été prononcé à propos de la nécessité de moderniser le système politique actuel. Celui-ci semble pleinement satisfaire le pouvoir. Ce qui signifie que la Russie, certes, ne reculera pas d'un seul pas, mais qu'elle n'avancera pas non plus.

Or, dans les conditions politiques actuelles, la classe moyenne russe ne pourra jamais être le pilier de l'Etat. Il importe de comprendre et de reconnaître finalement que l'architecture politique érigée d'après les recettes de Vladislav Sourkov [proche collaborateur de Poutine] ne s'appuie pas sur les personnes, ni sur la classe moyenne, quelle qu'elle soit, ni même sur les élites, mais exclusivement sur le numéro un du pays. En défendant, lors d'une rencontre, l'idée de la "démocratie souveraine", M. Sourkov a résumé: "Le texte portant sur la démocratie souveraine est personnifié, parce qu'il reflète la politique du président Poutine".

Aujourd'hui, la Russie a un autre président, mais sa démocratie factice est toujours la même. Le parti du pouvoir, conduit désormais par un "leader national" [Poutine - ndlr.] n'en est pas devenu plus efficace. En revanche, il ne cesse de gonfler, ressemblant de plus en plus à un large "front national". Ceci peut s'avérer bien pratique dans le domaine de la lutte électorale, mais absolument impropre au travail quotidien. Par exemple, Russie unie vient d'absorber le Parti agraire. Le fait que la majorité des membres de ce parti partagent les idées de gauche n'a gêné personne. Parallèlement, le SPS (Union des forces de droite) a, semble-t-il, définitivement disparu. Donc, de fait, la Russie est en train de passer à un système de parti unique.

La citation susmentionnée de Sourkov illustre comment il est possible, en décelant l'un des vices fondamentaux de la vie russe (qui consiste notamment dans la tradition de miser sur le leader, le tsar, le "Superman" et non sur le peuple), d'utiliser cette grave maladie à des fins politiques au lieu de la traiter.

En effet, les personnalités fortes, comme l'affirme Vladislav Sourkov, sont souvent capables de compenser l'inefficacité des collectifs, le manque de confiance mutuelle et les défauts d'organisation. Mais l'Histoire montre que de plus en plus souvent, ces personnalités fortes ne font que saper l'efficacité des collectifs (et même des individus) et aggraver le manque de confiance réciproque. Autrement dit, il s'agit du principal obstacle sur la voie de la création d'une société normale en Russie. La "démocratie souveraine" est donc loin d'être un système qui tient compte des particularités et des traditions du peuple russe, comme l'affirment ses auteurs. C'est tout simplement une "anti-démocratie".

C'est pourquoi elle ne fait que nuire à la classe moyenne russe, qui vient seulement de voir le jour. Elle nuit aussi à la lutte proclamée par le président contre la corruption et les abus des tribunaux, et même à la mise en oeuvre des projets d'innovation, dont on fait tant la publicité, car ces projets sont impossibles à réaliser sans des personnes vraiment libres, à l'esprit affranchi. Ou alors il faudrait revenir à la pratique stalinienne des "charachki" (laboratoires secrets soviétiques, appartenant au système du goulag), mais dans les établissements de ce genre, les collaborateurs sont motivés par des facteurs tout à fait autres.

La conclusion qu'on peut en tirer est tout à fait simple. La réforme politique ne doit pas s'arrêter alors que le pays fait face à des tâches aussi ambitieuses que celles formulées par Medvedev. Il est donc grand temps de se tourner vers les gens.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

 


http://fr.rian.ru/analysis/20081013/117699620.htm...

12.10.2008

Aux origines paiennes de la Croatie

Georges Vujic

C¹est en 626 ap.JC à l¹invitation du Tsar byzantin Heraklius que les croates ( dits des " karpates ") s¹établirent avec une dizaine de milliers de guerriers sur le territoire qui constitue leur actuelle patrie en occupant trois provinces byzantines la Panonie, l¹Ilirik et la Dalmatie. Peuple guerrier à l¹organisation politico-sociale " communautaire ", ils importent avec eux leurs croyances polytheistes d¹origine perso-aryenne et intègrent progressivement les éléments ethniques autochtones iliriens, celtes, ghots, grecs, romains et avars. Ce n¹est qu¹avec l¹arrivée au 7ème siècle et sous l¹influence prosélyte des missionnaires catholiques mandatés et envoyés par Rome que ce peuple assimilera le monothéisme chrétien qui leur était étranger jusqu¹alors.C¹est en 641 que les croates se convertiront pour une majeur partie d¹entre eux à la religion chrétienne grâce à l¹action concertée et convergente du Tsar byzantin Heraklius et le pape Ivan IV originaire de Dalmatie qui envoya son fidèle missionnaire Ivan Ravenjanin évangéliser ce peuple " païen ", et lequel réussira à convertir au christianisme le tout nouveau chef croate Porga. Malgré tout, le processus de christianisation et d¹évangélisation ne se fit pas sans difficultés compte tenu de la subsistance des anciennes croyances polythéistes bien ancrées chez les populations de certaines régions montagneuses difficiles d¹accès. Le polythéisme fut pendant une longue période pratiqué par les croates de la région de Neretlja de sorte que ce territoire fut dénommé la " Paganie ". Parmi les autres peuples slaves, les croates furent les premiers à se convertir au christianisme en s¹imprégant d¹emblée de la culture et des moeurs européennes, de sorte que leur fidélité au Saint-Siège leur a valu dans l¹histoire la qualification de " rempart de la chrétienneté " ( Antemurale Christianitatis ).En dépit de la fidélité inconditionnelle qu¹affiche la croatie à la chrétieneté occidentale et au Saint-Siège ( ce qui sur le plan politique et national ne lui fut pas toujours profitable au cours de son histoire ) les réminiscences et la présence vivante des croyances et des cultes païens restent bien ancrées dans la mémoire collective à travers les mythes populaires, les expressions linguistiques, les traditions folkloriques picturales et ornementales et la subsistance d¹antiques lieux de cultes païens. En effet ces éléments de la spiritualité croate préchrétienne solaire et virile d¹origine perso-aryenne ne demandent qu¹à être revalorisés et réhabilités dans le cadre d¹une démarche synthétisante et convergente avec la tradition chrétienne dominante.L¹origine perso-aryenne des croates est aujourd¹hui historiquement bien établie et reconnue notamment grâce aux travaux et à l¹apport considérable effectués dans ce domaine par l¹historien croate Dominik Mandic.En effet pour la première fois on retrouva l¹appelation croate ( " horvat ") incrustée sur des stelles commémoratives figurants sur les bâtiments publics de la ville de Tanais située à l¹embouchure du fleuve Don sur la mer d¹Azov. Entre le I et III siècle ap. JC dans la cité Tanais vivaient divers peuples perso-aryens sarmates parmi lesquels les croates. l¹Appellation nationale croate est incontestablement d¹origine perse. En effet à travers les recherches de l¹iranologue russe Vsevolod Miller il ressort que l¹appellation croate provient du mot perse Hor-va (t) qui signifie chemin, demeure solaire. L¹historien M. Vasmer fait remonter l¹origine du mot croate du mot " Hu-urvata " qui signifie ami, amicus. D¹autre part toutes les appelations des dignités gouvernementales des croates de l¹antiquité tels que Kralj ( roi ), Ban ( vice-roi ), zupan sont d¹origine perse. Les croyances et les cultes polythéistes des croates de l¹antiquité présentent tous les attributs manichéens et solaires de la spiritualité perso-aryenne: le dieu de la lumière et des ténèbres, le culte du feu, le rite de la crémation pour les morts. De nombreux mots croates à signification religieuse sont d¹origine perse: Bog ( dieu ), vjera ( foi ), zrtva ( victime ), raj ( paradis ), vazam, vapiti ect...

 


D¹autre part dans le cadre de la cosmogonie perso-aryenne les croates d¹alors divisaient les parties de la terre et u monde en différentes couleurs: la couleur blanche pour la partie occidentale, rouge pour la partie sud, verte pour la partie est et la couleur noir pour le nord. De cette vision cosmogonique naitra la division géopolitique de la croatie blanche occidentale, la croatie rouge du sud et la croatie verte de l¹est. D¹autre part, on retrouve la spiritualité perso-aryenne à travers la tradition architecturale et picturale antique croate dont l¹exemple le plus significatif est le " troplet " croate ( ornement à trois branches entrecroisées ).Les croates importèrent de même de leur antique foyer perse leur damier national blanc et rouge de 64 carreaux.L¹origine perso-aryenne des croates est attestée par une stelle du roi Darius I ( 522-486 av JC ) laquelle mentionne parmi les 23 peuples sujets de l¹Empire perse le peuple croate " Harahvaiti ". La région ou vivaient ce peuple comprenait à cette époque la moitié sud de l¹Afghanistan, la totalité du Beludzistan et l¹est de l¹actuel Iran.Les anciennes croyances polythéistes croates ont trouvées leurs sources et leurs transcription dans les textes sacrés du prophète Zoroastre ( forme hellénisée du perse Zarathoustra ), les Gathas ( hymnes composés par le prophète ) se rapprochants des hymnes indiens antiques du Rig-Veda, ainsi que l¹Avesta le livre saint des zoroastriens ( lui-même divisé en Yasna, la Vispered, le Vendidad, le petit Avesta et les Yashts ) dans lesquels sont révélés de nombreux mythes païens d¹origine prézoroastrienne. L¹ensemble de la cosmogonie perso-aryenne et zoroastrienne se fondait sur la lutte cosmique entre le dieu Ahura-Mazda dieu suprême de la bonté, la sagesse, la connaissance absolue, le créateur du soleil et de la lumière et le dieu-démon Angra-Mainyu l¹esprit du mal qui eouvre constamment à la destruction du monde de la vérité. L¹enseignement zoroastrien implique un dualisme de la lumière et des ténébres, du bien et du mal, entre le dieu et le démon. Mais la spiritualité solaire perso-aryenne des croates s¹est surtout manifestée à travers le culte du dieu Mythra, Mythra étant la divinité la plus connue du panthéon iranien ce qui est dû à l¹extension et à la popularité du mythraisme sous l¹empire romain. Mythra était considéré par les populations perso-aryennes comme le dieu du bon ordre par opposition aux forces chaotiques, contrôlant l¹ordre cosmique et étant associé au feu et au soleil. Divinité solaire il protégeait le juste et châtiait l¹injuste en s¹associant aux guerriers. Cette croyance dualiste se traduisait chez les croates à travers la vénération des lieux de culte qui symbolisaient cette union indissoluble des dualités du bien et du mal, de la lumière et des ténébres lesquelles étaient incarnées par des montagnes et des forêts.De tels lieux de cultes qui portent aujourd¹hui une appellation chrétienne ont été localisés dans les régions qui s¹étendent des Alpes jusqu¹aux Balkans.C¹est ainsi que le culte de " Svante Vid " l¹appelation slave du dieu iranien " Ahura-Mazda " s¹est transformée en la vénération chrétienne croate de Saint Vid; la même christianisation s¹est opérée pour les cultes de Saint Ilija ( dieu du tonnerre ) et de Saint Ivan le Baptiste remplaçants les anciens cultes païens de la lumière et du soleil. A la place des anciens cultes païens dédiés aux divinités des ténébres furent érigés des chapelles et les lieux de pélerinage chrétiens de Saint Archange Michel et Saint Georges, les légendaires vainceurs des forces démoniaques des ténèbres. De tels lieux de cultes païens christianisés furent retrouvés dans les régions croates de Dalmatie à kastel Lastve ( Petrovac ), à Lucinski Vira, dans le village de Bogetic dans la commune d¹Oklaj, à Kastel Luksic à côté de la ville de Makarska, dans la région de Nin à Vinodol, à Vidovo sur l¹île de pag ( qu¹on appelait à juste titre l¹île des païens " insula paganorum ").les noms perso-aryens qui personnifiaient les diverses divinités du dualisme zoroastrien connurent la même transformation sémantique: Svantevid ( Ahura-Mazda ) est devenu Belbog, Dabog, Davor, Jakobog, les divinités du printemps reçurent les noms de Lada, Vesna ect.... Les anciens cultes païens " naturalistes " dédiés aux monts, aux bois et aux arbres trouvent encore aujourdh¹ui des réminiscences dans les fêtes populaires tels que le " Djurdjevdan " et celle du 1er Mai dans certains villages sirués autour de la ville de Karlovac.Un témoignage flagrant de la présence vivante des croyances païennes en Croatie réside dans les coutumes et moeurs populaires des paysans croates de Vlasic planini près de Travnik qui encore aujourdh¹hui persistent chaque matin à la place du signe de la croix de pratiquer leur ancien culte solaire en se tournant vers l¹est au levée du soleil pour implorer son aide et sa force les bras tendus.La même persistance du culte païen guerrier se vérifie aujourdh¹ui à Turopolje près de Zagreb par la bénédiction saisonnière des chevaux le jour de Saint Stjepan le martyr.D¹autre part les traditions tisseranes et ornementales de certaines régions croates témoignent de la subsistance de symboles préchrétiens perso-aryens ( comme à Obrovac dans le nord de la Dalmatie ): les motifs stylisés animaliers, le symbole de l¹arbre de la vie.La spiritualité manichéenne perso-aryenne des anciens croates se perpétuera du 13ème siècle au 16ème siècle en Bosnie par l¹organisation de la communauté Bogomil. Cette croyance fut importée en Bosnie par un prêtre orthodoxe bulgare ( contemporain du Tsar Bulgare Pierre 927-969 ) lequel a rénové et propagé en bulgarie la croyance manichéenne en les dieux du bien et du mal, en réfutant le baptême par l¹eau, l¹institution du mariage, les églises et les autels. Sur le territoire croate oriental de la Bosnie fut fondé en 990-1018 un évêché Bogomil dont la juridiction couvrait l¹ensemble des terres croates ( Ecclesia Sclavoniae ). Les croayants et les disciples Bogomil furent dénommés les " parfaits " ( ce qui n¹est pas sans rappeler les " illuminés " des cathares ) ou les chrétiens bosniaques ( Krstjani ), et vivaient dans des communautés monastiques en menant une existence d¹hermite. L¹an 1203 à Bilino Polje près de la ville de Zenica, la communauté des Bogomil a reconnu l¹autorité du Pape Innocent III et ils furent ainsi reconnus officiellement comme catholiques par le légat du Pape Ivan de Casamare. Cela n¹empêchera pas pourtant de voir tout au long du 13ème siècle et jusqu¹au 16ème siècle, progressivement disparaître cette croyance païenne sous l¹action et les efftes conjugués des sanguinaires croisades menées par l¹Herceg ( chef militaire ) croate Koloman à l¹instigation de l¹évêque Ugrin contre les adeptes de cette croyance et les conversions massives au catholicisme pratiquées par les missionnaires fransicains sur ordre du Pape Benedikt XII ( 1334-1342 ) et du général de l¹ordre des franciscains Gerald Eudes.

 


Aujourd¹hui la Croatie, creuset des cultures germaniques, celtiques et slaves, pays " catholique romain " par excellence parviendrait à revitaliser son catholicisme intransigeant qui trop souvent se réduit à un simple ritualisme nivelleur de masse, en puisant dans ses racines païennes et en incorporant synthétiquement les éléments de cette croyance trop souvent reléguée au simple rôle de folklore.


[Synergies Européennes, Nouvelles Européennes, Avril, 1996]

Zaporizhian Sich - Запорізька Січ

Zaporizhian Sich or Zaporozhian Sech (Ukrainian: Запорізька Січ, Zaporiz'ka Sich) original Slavonic name "Zaporizhska Sich'" was the center of the Cossacks of Zaporizhzhia. The term has also been metonymically used as an informal reference to the whole Zaporizhzhia or to the Zaporozhian Host.
Initially the Zaporizhian Sich was a fortified military camp, the foundation for which was laid out on the Isle of Khortytsia (Mala Khortytsia, Khortytsia Minor) in 1556 by D.I. Vyshnevetsky. But only in 1618 did Hetman Petro Konashevych Sahaidachny order his Cossacks to build the earthen perimeter with the log walls on top of it. The log fort was surrounded with the massive abatis made from entire trees. Hence the term "Sich": it is a noun derived from the verb "to cut" and denotes the abatis type of fortification: by cutting the forest.

Запорі́зька Січ – суспільно-політична та військово-адміністративна організація українського козацтва за порогами, що склалася у першій половині 16 ст. за дніпровими порогами у районі острова Хортиця.
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SLAVICIS is the blog devoted to Slavdom and Panslavism. Our aim is to promote the idea of cultural and linguistic unity of all the Slavs.
SLAVICIS Наша ідея полягає у тому, щоб просувати ідею культурного і лінгвістичного об'єднання слов'ян

Sergei Vasilyevich Ivanov, Сергей Васильевич Иванов




Sergei Vasilyevich Ivanov, Сергей Васильевич Иванов(June 16 [O.S. June 4] 1864–16 August 1910) was a Russian painter and graphic artist. He was a member of peredvizhniks ("the Wanderers") and a co-founder of the Union of Russian Artists. Most of his paintings were on topics taken from the history of Russia, peasant life, and the Russian Revolution of 1905.
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Slavoj ZIZEK, "État d’urgence et dictature révolutionnaire"

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En fait tout a commencé dans les années 1950 et 1960, quand l’École de Francfort a adopté une attitude de plus en plus critique vis-à-vis de la notion marxiste classique de la nécessité historique de la révolution. Cette critique a culminé dans l’abandon de la notion hégélienne de « négation déterminée », son versant complémentaire résidant dans la montée de la notion du « tout autre » (ganz Anderes) en tant que perspective de dépassement utopique de l’ordre technocapitaliste mondial. L’idée est que, puisque la « dialectique des Lumières » tend vers le point zéro de la société totalement « administrée », il n’est plus possible de concevoir une rupture possible d’avec la spirale mortifère de cette dialectique au moyen de la notion marxiste classique selon laquelle le Nouveau sortira des contradictions même de la société actuelle, à travers son dépassement immanent. L’impulsion nécessaire à un tel dépassement ne peut venir que d’un Ailleurs, d’un Autre non-médié. L’abandon de la négation déterminée n’est bien entendu que l’autre versant de l’acceptation du triomphe du capitalisme. Le signe le plus tangible du triomphe idéologique du capitalisme se trouve dans la disparition virtuelle du terme au cours des deux ou trois dernières décennies.

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Esquisse d'un manifeste fractionnaire

De la souveraineté

Sous-titré « éléments pour un manifeste fractionnaire », De la souveraineté est une contribution à la réflexion sur la refondation d’un avenir concret pour les Français d’après la France.

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Ce soir ou jamais, émission du jeudi 9 octobre 2008: Alain de Benoist, Alain Krivine et Jean Ziegler

La crise remet-elle en cause le système capitaliste ?

Jean Ziegler, Membre du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU
Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation de 2001 à 2008, il est aujourd’hui membre du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il est, par ailleurs, professeur émérite de sociologie à l’Université de Genève. Auteur notamment des « Nouveaux maîtres du monde » (2002) et de « L’Empire de la honte » (2005), il publie aujourd’hui « La Haine de l’Occident ».


Olivier Ferrand,
président de Terra Nova
Ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon et de Dominique Strauss-Kahn, il est président de Terra Nova, un "think tank" à l’américaine, parrainé par Michel Rocard, qui réunit intellectuels, experts et associatifs. Son ambition, rénover la social-démocratie à la française. Il est aussi responsable national du PS pour les questions européennes et internationales et membre de la fondation Jean Jaurès.

Alain Krivine,
porte-parole de la LCR
Alain Krivine est l’un des fondateurs de la Ligue Communiste révolutionnaire, il a été membre de son bureau politique jusqu’en 2006 et il est toujours l’un de ses porte-parole. Candidat à la présidentielle à plusieurs reprises, il a été député européen. Aujourd’hui il participe activement à la création du Nouveau Parti anticapitaliste avec notamment Olivier Besancenot.
 

Denis Tillinac,
écrivain
Ecrivain, éditeur – il a dirigé les Editions de la Table Ronde -, il est aussi journaliste et éditorialiste. Corrézien, compagnon de route de Jacques Chirac, il est l’auteur d’une trentaine de livres.
Le dernier en date était « Le Dictionnaire amoureux de la France ».

Alain de Benoist
, écrivain
Écrivain, journaliste, essayiste, conférencier, philosophe, il a publié plus de 50 livres et plus de 3000 articles, aujourd’hui traduits dans une quinzaine de langues différentes. Ses travaux portent principalement sur la philosophie politique et l’histoire des idées et son dernier livre s’intitule « Demain la décroissance ».

Christian Stoffaës
, économiste
Après avoir exercé différentes fonctions au ministère de l’Industrie et à la direction d’EDF, il préside, depuis juillet 2004, le Conseil du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). Professeur à l’Université Paris-Dauphine et membre du Cercle des Economistes, il a publié différents ouvrages, dont le dernier – paru en octobre 2006 – « Psychanalyse de l’antilibéralisme : les Français ont-ils raison d’avoir peur ? ».

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Une critique de la modernité chez Peter Koslowski

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Peter Koslowski est un analyste critique de notre modernité dominante et stéréotypante, dont l'ouvrage sur Ernst Jünger a été largement remarqué l'an dernier (cf. la recension que lui consacre Isabelle Fournier dans Vouloir n°4/1995). Né en 1952, ce jeune philosophe anti-moderne (mais qui n'appartient nullement à l'école néo-conservatrice), pose comme premier diagnostic que la modernité au sens le plus caricatural du terme a pris fin quand la physique a découvert la non-conservation ou entropie, soit le deuxième prin­cipe de la thermodynamique en 1875 et quand l'esprit humain a pris fondamentalement conscience de sa finitude au point de ne plus croire à ce mythe tenace de la perfectibilité infinie (cf. NdSE n°14), au progrès, aux formes diverses d'évolution(isme) téléologique, aux sotériologies laïques et eudémonistes vectoriali­sées, etc. Mais parallèlement à ces mythes progressistes, vectoriels, téléologiques, messianiques et perfectibilistes, les temps modernes, soit la Neuzeit qui précède la modernité des Lumières proprement dite, avait développé une normalité basée sur l'accroissement de complexité, ce qui revient à dire que cette Neuzeit accepte comme normal, comme fait acquis, que le monde se complexifie, que les para­mètres s'accumulent, que les paramètres anciens et nouveaux bénéficient tous éventuellement d'une équivalence axiologique quand on les juge ou on les utilise, que l'accumulation de nouveautés est un bienfait dont les hommes vont pouvoir tirer profit. Avec l'avènement de la Neuzeit, avec les innovations venues d'Amérique et des autres continents découverts par les marins et les aventuriers européens, le monde devient de plus en plus complexe et cette complexité ne va pas diminuer.

 

L'accroissement de complexité ne postule nullement une idéologie irénique: au contraire, nous consta­tons, au cours du XVIIième siècle, l'éclosion de philosophies fortes du politique (Hobbes), au moment où la modernité dans sa première phase offensive propose justement une pluralité de projets pour remplacer le système médiéval fixe (tellurocentré) qui s'est effondré. La Réforme, la Contre-Réforme, le Baroque, les Lumières, l'idéalisme allemand, le marxisme, sont autant de projets modernes mais contradictoires les uns par rapport aux autres; ce sont des philosophies fortes, des récits mobilisateurs (avec une téléologie plus ou moins explicite). Mais aujourd'hui, la défense et l'illustration d'une modernité, que l'on pose comme seule morale et acceptable, dérive d'une interprétation simplifiée du corpus des Lumières, pro­cède d'une réduction de la modernité à un seul de ses projets, explique Koslowski. Une schématisation du message des Lumières sert désormais de base théorique à une vulgate qui ne sous-tend finalement, ajouterions-nous, que les discours ou les systèmes politiques de la France, de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et des Pays-Bas. Cette vulgate s'exprime dans les médias et dans la philosophie hypersimplificatrice d'un Habermas et de ses épigones parisiens, tels Bernard-Henri Lévy, Guy Konopnicki ou Christian Delacampagne. L'objectif des tenants de cette vulgate, nouveau mythe de l'Occident, est de créer une orthoglossie pour pallier à la chute des métarécits hégéliens, marxistes ou marxisants, démontés par Lyotard. Orthoglossie correspondant parfaitement au thème de la “fin de l'histoire” cher à Fukuyama, au moment de la chute du Mur. Cette orthoglossie s'appelle plus communé­ment aujourd'hui la political correctness, en bon basic English.

 

Mais à notre sens, la post-modernité a pour impératif de dépasser cette orthoglossie dominante et tyran­nique et:

- doit démontrer l'inanité et le réductionnisme de cette orthoglossie;

- dire qu'elle est une prison pour l'esprit;

- que son évacuation est une libération;

- que traquer cette orthoglossie ne relève pas d'un pur irrationalisme ni d'une inversion pure et simple du rationalisme de bon aloi, mais d'une volonté d'ouverture et de plasticité.

 

A ce sujet, que nous dit Koslowski qui est religieux, catholique, disciple de Romano Guardini, comme on peut le constater dans ses références? Ceci: «La finitude de l'existence humaine s'oppose tant à l'im­pératif de complètement de la modernité et de la raison discursive qu'au droit des époques futures à déve­lopper leur propre projet. La post-modernité veut poursuivre son propre projet. On ne peut pas lui enlever ce droit en imprégnant totalement le monde de raison discursive. Le droit de chaque époque est le droit de chaque génération à marquer son temps et le monde. Nous sommes contraints au­jourd'hui d'apporter des limites à cette pulsion frénétique au complètement et aussi de nous rendre dis­ponibles pour laisser en place ruines, choses inachevées et surfaces libres. Si nous ne pouvons plus aujourd'hui tolérer les ruines, les traces du passé et que nous les soumettons à la restauration, avec son perfection­nisme, ses laques et ses vernis, si nous percevons toutes les prairies ou les superficies libres comme de futurs chantiers de construction, qui devront être recouverts au plus vite, cela veut dire que nous nous trouvons toujours sous l'emprise de cette pulsion de complètement, propre à la modernité, ou sous l'emprise modernisatrice de la raison totalisante. Nous tentons de bannir de notre environnement toutes les traces de finitude et de temporalité en procédant à des restaurations et des modernisations parfaites. La profondeur et l'antiquité qui sont présentes sur le visage du monde sont évacuées au profit d'une illu­sion de complétude. Bon nombre de ruines doivent rester en place, en tant que témoins de la grandeur et du néant du passé. Leur incomplétude est une chance qui s'offre à elles de voir un jour leur construction reprendre, lorsque leur temps sera revenu, comme après plusieurs siècles, un jour, on a repris la construction de la Cathédrale de Cologne en ruines. Un jour, peut-être, on retravaillera au projet ou à cer­tains projets de la modernité. Mais aujourd'hui, il y a plus important que le projet de la mo­dernité: les ate­liers de la post-modernité» (p. 49; réf. infra).

 

Mais les ateliers de la post-modernité doivent-ils reproduire à l'infini ce travail de “déconstruction” entre­pris il y a quelques décennies par les philosophes français? Certes, il convient avec les post-modernes “déconstructivistes” de travailler à l'élimination des effets pervers des “grands récits”, mais sans pour au­tant se complaire et s'enliser dans un pur “déconstructivisme”, ou vagabonder en toute insouciance dans les méandres d'une polymythie anarchique, anarcho-libérale et fragmentée, qui n'est qu'un euphémisme pour désigner le chaos et l'anomie. Koslowski plaide pour la ré-advenance d'une sophia. Car toute créa­tion et toute naissance ne sont pas les produits d'une réflexion (d'un travail de la raison discursive), au contraire, créations et naissances sont les produits et de la volonté et de l'imagination et de la pensée et de l'action, soit d'un complexe que l'on peut très légitimement désigner sous le nom grec et poétique de sophia. Sans reductio  aucune.

 

En fait, Koslowski apporte matière à méditation pour tous ceux qui constatent que l'eudémonisme et le consumérisme contemporains, —désormais dépourvus de leurs épines dorsales qu'étaient les métaré­cits— sont des impasses, car ils abrutissent, anesthésient et mettent le donné naturel en danger. Koslowski déploie une critique de cette modernité réduite à une hypersimplification des Lumières qui ne sombre pas dans la pure critique, dans un travail de démolition finalement stérile ou dans une acceptation fataliste du chaos, camouflant mal une capitulation de la pensée. La polymythie d'Odo Marquard (qui suscite de très vives critiques chez Koslowski) ou le “pensiero debole” de Vattimo —réclamant l'avènement et la pérennisation d'une joyeuse anarchie impolitique—  sont autant d'empirismes capitu­lards qui ne permettront jamais l'éclosion d'une pensée réalitaire et acceptante, tempérée et renforcée par une sophia inspirée de Jakob Boehme ou de Vladimir Soloviev, prélude au retour du politique, à pas de colombe... Car sans sophia, le “réalitarisme” risque de n'être qu'une simple inversion mécanique et carna­valesque du grand récit des Lumières, qui confisquerait aussi aux générations futures le droit de forger un monde à leur convenance et de léguer un possible à leurs descendants.

 

Robert STEUCKERS.

(extrait d'une conférence prononcée lors de la deuxième université d'été de la FACE, Provence, août 1994).

 

- Peter KOSLOWSKI, Die Prüfungen der Neuzeit. Über Postmodernität. Philosophie der Geschichte, Metaphysik, Gnosis, Edition Passagen, Wien, 1989, 167 p., ISBN 3-900767-22-X.

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Un réquisitoire à contre-époque

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Un des livres qu'on lira avec le plus de profit cet automne porte un titre très simple — L'Argent —, il est signé Charles Péguy et vient d'être réédité dans un volume préfacé par Antoine Compagnon, professeur au Collège de France et auteur des Antimodernes.

Le croirez-vous ? Ce Cahier de la Quinzaine publié pour la première fois à Paris le 16 février 1913 se lit comme si l'encre de Péguy n'avait pas séché… « On n'avait jamais vu tant d'argent rouler pour le plaisir, et l'argent se refuser à ce point au travail » ; « De mon temps (…) il n'y avait pas cet étranglement économique d'aujourd'hui, cette strangulation scientifique, froide, rectangulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n'y a rien à dire, et où celui qui est étranglé a si évidemment tort. »

Charles Péguy, un prophète du passé ? Plutôt un témoin extralucide du règne de l'argent dans le monde moderne, répond Jacques Julliard dans un recueil d'essais à contre-époque qui souligne l'actualité de la pensée du poète — c'est-à-dire sa capacité à inspirer des actes. Pour faire bonne mesure, l'historien des idées lui associe le Georges Bernanos de La France contre les robots  « Il faut lire et regarder ce dernier Bernanos non comme le dernier samouraï du monde préindustriel mais comme l'un des premiers prophètes de la société postindustrielle » et un Paul Claudel inattendu, provocateur et insolent, qui revendique le droit de se contredire à propos de tout avec les personnages de ses Conversations dans le Loir-et-Cher.

« Quand le monde tout entier paraît s'affaisser sur son axe et qu'on se sent gagné par la lâche tentation de composer avec ce qu'il charrie de plus médiocre, écrit le directeur délégué de la rédaction du Nouvel Observateur, alors Péguy, Bernanos et Claudel sont des recours. Ils nous arrachent à la vulgarité ambiante et bien souvent nous en protègent. »

Les mauvais riches

Lecteur passionné de Pierre Joseph Proudhon, Georges Sorel, et Édouard Berth, fin connaisseur des maîtres petits et grands du socialisme français, Jacques ­Julliard, qui se dit « psychologiquement athée, culturellement anticlérical, spirituellement chrétien » n'a jamais caché sa sympathie pour le christianisme social. On le savait attaché au souvenir d'une certaine nébuleuse « catho-proudhonienne » dont il perpétue l'héritage avec de jeunes chercheurs dans le cadre de la revue Mil neuf cent. Sa passion et son savoir débordent aujourd'hui le strict cadre de l'histoire intellectuelle pour entrer en résonance avec les folies de notre siècle.

Dans L'Argent, Dieu et le Diable, Jacques Julliard s'emploie joyeusement à prendre ses contemporains à contre-pied en faisant entendre la voix de trois écrivains catholiques un peu oubliés qui ont maudit chacun à sa manière le royaume impie de « Goulavare », un univers impitoyable dans lequel l'argent, sans devoir pour les opulents et sans enfer pour les mauvais riches, ordonne toute valeur.

Un des chapitres importants de l'Argent, Dieu et le Diable place Bernanos et Claudel « face au mystère d'Israël ». Pour en finir avec les calomnies que continuent de véhiculer Bernard-Henri Lévy et ses amis, il est essentiel de rappeler que les deux écrivains ont abjuré dans leur maturité ce que leur tradition et leur préjugé leur avaient fait imaginer de la « grande banque juive ». Leur rencontre avec le judaïsme a peut-être été tardive, mais elle a eu lieu, ouvrant les voies de la réflexion catholique sur l'espérance d'Israël lors du concile Vatican II. Jacques Julliard retrace avec soin la longue marche spirituelle accomplie par Bernanos et Claudel pour s'ouvrir à la réalité historique et théologique d'Israël. Comment l'ignorer ? Moïses porteurs de thoras sans nombre, gardiens têtus de livres saints, les Juifs ne peuvent pas être tenus pour responsables du caractère clos du monde moderne.

Mais ce rappel, ce n'est pas tant à la droite ni aux catholiques qu'il convient de le faire aujourd'hui qu'aux têtes molles qu'on trouve à gauche de la gauche.

L'Argent, Dieu et le Diable - Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne de Jacques Julliard Flammarion, 230 p., 19 €. Lire aussi : « Le Choix de Pascal », de Jacques Julliard , entretiens avec Benoît Chantre, Champs-Flammarion, 330 p., 9 € ; « L'Argent » , de Charles Péguy, Éditions des Équateurs, 100 p., 10 €.

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POUR UN DEPASSEMENT DU PROJET MODERNE

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Écrit par Jean-Baptiste Santamaria   

Trouvé sur: http://groupe-sparte.com

 

La philosophie émerge en même temps que la décadence d’Athènes et des autres cités grecques.
Bien sûr les hommes n’ont pas attendu la philosophie pour penser ni pour être sages ou savants.
On a coutume de dater le départ de la démarche philosophique avec la dialectique (purement orale) de Socrate. Xénophon et Platon deux de ses disciples ont laissé trace écrite de son enseignement.
Socrate est un soldat endurant, courageux; sur le plan politique il dédaigne les joutes oratoires des diverses assemblées athénienne au profit de dialogues en cercle restreint sans rétribution.
Il sera condamné à mort par le parti du démos et fidèle aux lois de la cité il ne cherchera pas à se dérober à la sentence ou à la négocier.Le parti démocratique n’aimait pas son caractère provocateur et indépendant,son ironie; Socrate n’avait pas hésité à braver la foule en s’opposant à la condamnation des géneraux  suite à la bataille navale des Arginuses.
Le peuple avait pris du poids politique dans l’Athènes du V°siécle. La marine prenait de l’importance-le commerce poussait au développement de la flotte-et les marins constituaient la couche populaire de l’armée. La victoire de Salamine constitue un épisode glorieux et caractéristique de l’évolution maritime d’Athènes (Sparte restant une cité attachée à sa glèbe) la cité s’était embarquée avec femmes et enfants laissant la ville aux envahisseurs (seul un petit contingent restera retranché vite exterminé) donc du développement de l’hégémonie du démos.
Opposition antidémocratique emblématique de la part de Socrate.
Mais aussi opposition à la tyrannie de quelques ploutocrates (gouvernement des Trente) :requis par le gouvernement pour aller se saisir d’un opposant (dans le but d’accaparer ses biens au profit des tyrans, Socrate refuse au péril de sa propre vie.
C’est donc un profil quelque peu « anar de droite » que l’on retiendra du père de la philosophie :rejet des grandes fêtes politiques et des querelles entre factions mais tout en incarnant le dernier représentant du soldat-citoyen courageux, sobre et endurant.
Platon va quelque peu infléchir cette ligne, sans doute est-ce la situation historique qui le pousse à s’adapter.
Platon va proposer un autre modèle de vie :le bios politikos est remplacé par le bios qeoretikos  ,la contemplation de l’Etre se substitue comme modèle existentiel supérieur, au mode de vie politique de la cité grecque classique.
A la décharge éventuelle de Platon :cet abandon apparent du primat du politique fixé aux élites n’est que la conséquence du constat de la crise de la cité athénienne.
Le régne des sophistes traduit sur le plan intellectuel la réalité de la démocratie-manipulation du démos par les démagogues au profit de nouvelles générations de ploutocrates,oligarques.

C’est face à cette décadence que Platon propose dans sa République (poliqeia=constitution) une réforme politico-morale de la Polis (cité).
On sait que son ouvrage majeur propose un modèle de Cité soit pour une réforme véritable soit pour servir de norme à viser.
Le réformateur reprend l’organisation-type des sociétés européennes dotées des trois fonctions :le prêtre (ici le philosophe),le gardien (guerrier) et le poïéte (l’artisan, celui qui  fait).La cité a pour telos (finalité) la contemplation de l’Etre,cette fonction suprême est dévolue aux philosophes mais la cité la leur confie en tant qu’activité centrale de tous.
Le philosophe est donc le dernier maillon, le plus élevé, dans la hiérarchie politique ;mais cette « division du travail » est apparente puisque si le guerrier ou l’artisan (agriculteur, maçon etc)permettent au philosophe de contempler ils contemplent aussi par procuration. Toute la cité est tendue vers ce télos qui la justifie,qui la « fonde ».
Mais le philosophe ne se contente pas de tendre à une saisie de l’Etre, il est chargé du gouvernement de la Cité. Plus encore le long cursus qui le mène par sélections successives à cette fonction (il est choisi parmi la caste des gardiens et se révèle le meilleur dans les activités de guerre et de magistrature) implique qu’il s’immerge totalement dans les affaires de la Cité. Après la formation classique du guerrier (musique, gymnastique etc) à trente ans il entreprendra diverses magistratures, dés cet âge il alternera cette fonction politique avec la fonction théorétique (contemplation des Idées de l’Etre).Ruse du législateur :la contemplation est tellement gratifiante que la gestion du politique avec ses retombées (gloire, enrichissement, pouvoirs etc)apparaît bien pâle,peu attrayant.Le philosophe (ex-gardien)éduqué donc dans le rejet des fausses valeurs retournera avec plaisir à la contemplation après avoir fait sa période comme magistrat .

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Géo-économie mondiale : un basculement stratégique

La révolution a commencé...

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Paolo EMILIANI:

 

La crise financière est arrivée officiellement en Europe. A l’évidence, elle devait traverser tôt ou tard l’Atlantique et ébranler les économies du Vieux Continent. Lundi 6 octobre 2008: rien qu’en cette journée fatidique, quelque 400 milliards d’euros ont été littéralement “brûlés” dans  les bourses européennes et l’effet de panique pourrait empirer encore davantage la situation dans  le très proche avenir. Le lundi 6 octobre, Affari a laissé sur le terrain 8,24%, Paris, 9%; Francfort, 7% et Londres 8%.

 

Les plans anti-crise, à commencer par celui que les Etats-Unis viennent de mettre en oeuvre, ne semblent pas avoir convaincu le marché; il faudra donc faire preuve de courage. D’abord parce que personne ne semble pouvoir freiner la crise. Mais dans ce jeu, le vainqueur sera celui qui, le premier, abandonnera le système glauque du libéralisme pour se réfugier dans une économie socialiste ou, du moins, contrôlée par l’Etat. Celui qui franchira le premier ce pas, en garantissant la pérennité de l’épargne recueillie par les banques du pays, attirera l’argent de tout le monde et, partant, la globalisation des marchés, qui vient de se transformer en une apocalypse pour la planète entière, sera, pout cette nation courageuse et clairvoyante, une opportunité inattendue de croissance.

 

L’Irlande a déjà garanti les dépôts consignés dans ses banques et, à cette heure, les Anglais craignent une fuite massive de capitaux en direction de Dublin.

 

Les gouvernants européens, à commencer par Berlusconi chez nous, devront être clairs: il n’est pas nécessaire d’accorder des garanties aux banques et à leurs spéculations, il est en revanche bien nécessaire de garantir les épargnes, le bien-être et l’équilibre de la communauté populaire, la possibilité de nouveaux investissements mais sous la forme de nouvelles infrastructures contrôlées par l’Etat.

 

Il y a ensuite une autre démarche à poser immédiatement, avant la chute prévisible de l’euro, qui, hier déjà, 6 octobre 2008, a manifesté ses prémisses: créer une monnaie nationale (qui pourra s’utiliser parallèlement à l’euro dans un premier temps) pour garantir la stabilité de la nation et empêcher l’émergence d’une inflation sauvage qui précipiterait dans la pauvreté de larges strates de la population.

 

Affrontons les faits, tout de suite, sans tarder, aussi pour empêcher que le désespoir général se transforme en prétexte de propagande pour les diverses superstitions religieuses. En effet, hier, 6 octobre, avec un sens aigu de l’opportunité, le Pape Ratzinger, en causant à bâtons rompus lors de l’ouverture des travaux du synode des évêques sur la Bible, a dit, en faisant référence à la  crise financière, que “seule la parole de Dieu est une réalité solide”. Etrange affirmation de la  part du représentant d’un Etat qui possède une banque d’affaires qui a toujours oeuvré avec grande désinvolture sur le marché financier et n’a jamais dédaigné les “spéculations hardies”.

 

Non, la crise ne se résolvera pas par de petites prières vespérales mais en déployant une nouvelle vision de la société qui devra nécessairement se montrer plus frugale que l’actuelle parce que  —et cela doit être bien clair pour tous—  le temps des vache grasses est terminé et nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, responsables de ce consumérisme insoutenable sur le long terme, qui a généré, en bout de course, cette implosion du système capitalisme à laquelle nous assistons.

 

En somme, servons une révolution, en son sens propre de retour sur soi, parce que le monde est en train de basculer et l’Occident opulent plonge, pique du nez.

 

Paolo EMILIANI.

(éditorial du quotidien romain “Rinascita”, mardi 7 octobre 2008; trad. franç.: Robert Steuckers).

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Renaud Camus: la grande déculturation

Présentation de l'éditeur

Amis du Désastre et Niveau-montistes sont formels : la culture s'est répandue dans toutes les couches de la population. Ce livre soutient le contraire. Si la culture s'est répandue, selon lui, c'est comme le lait de Perette : plus la culture est diffusée, moins il y en a pour chacun et moins elle a de consistance. Lorsque les trois-quarts d'une génération accèdent au baccalauréat, le niveau de connaissance et de maturité qu'implique ce diplôme est à peu près celui qu'atteignaient au même âge les trois-quarts d'une autre génération, quand personne ne songeait à nommer cela baccalauréat, à peine certificat d'études. L'université fait le travail des lycées, les lycées celui des écoles primaires, les classes maternelles celui que les parents ne font pas, ayant eux-mêmes été élevés par l'école de masse, qui a formé la plupart des nouveaux enseignants. Arte, France Culture ou France Musique se consacrent aux tâches jadis dévolues aux chaînes généralistes, celles-ci imitent les postes et stations de divertissement.

Tout a baissé d'un cran. C'est la grande déculturation. Et si les journaux n'ont plus de lecteurs, c'est en grande partie parce que leur public potentiel ne sait plus lire, même des phrases de plus en plus simples et de plus en plus fautives, avec de moins en moins de mots. Le paradoxe est que l'objectif quantitatif, qui est au cœur de l'ambition démocratique en sa transposition culturelle, fait partout le lit de l'argent, par le biais de la publicité, des taux d'audience et des lois du marché. C'est ainsi que le Louvre devient une marque, etc.

Renaud Camus,
La grande déculturation, Fayard, 2008.